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eMmA MessanA, collagiste

J'observe, j'imagine, je compile, je froisse, je déchire et je colle des fragments de toutes sortes de papiers. J'aime fixer l'éphémère pour qu'une fois transformé et assemblé en pièce unique, il raconte une tout autre histoire, intemporelle. J'aime toutes les couleurs, surtout celles qui chantent et sont propices aux rêves les plus fous.... Tous droits réservés © eMmA MessanA

Livre ouvert.... livre à ouvrir # 6. Eric-Emmanuel Schmitt

Je vous ai déjà dit mon admiration pour Eric-Emmanuel Schmitt.

Je l'évoque ici de temps à autre.

Voir : La citation du lundi #4 , là : Sororité et plus récemment, ici : "... ce n'est pas moi qui tourne les pages."

Je savais sa passion pour la musique, et notamment celle de Mozart pour laquelle il dit volontiers qu'elle a littéralement changé sa vie.

----> Livre ouvert : Eric-Emmanuel Schmitt, Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent...

Ce titre jubilatoire m'a tellement fait rigoler dans la librairie, qu'à peine sortie, je me suis arrêtée, le temps d'un expresso, à la terrasse du premier troquet venu pour ouvrir le livre.

De retour chez moi, j'ai immédiatement écouté le CD joint au livre.

Et alors, là, le CHOC !

A l'écoute de la première plage, l'ouverture Coriolan, une foule de souvenirs et de sensations sont venues "littéralement" cogner et bousculer ma mémoire.

Je me suis immédiatement retrouvée au collège, en 5ème dans les années 70, devant notre professeur, Monsieur Jourdes, attentive à son cours de musique.

 Monsieur Jourdes était en fait notre professeur d'histoire-géo.

Mais cette année-là, à la rentrée, le prof de musique avait déclaré forfait.

Alors, le collège, sachant que M. Jourdes était un fin mélomane, le chargea de nous intéresser à la musique.

Il le fit avec une vraie réussite, alors qu'en général, les "vrais" profs de musique s'y cassaient les dents.

A l'époque, ce Collège Robespierre à St-Etienne-du-Rouvray, était situé dans une "zone" qui pouvait faire croire, a priori, que les élèves n'auraient pas d'appétence particulière pour la musique classique...

   C'était sans connaître la compétence et l'enthousiasme de notre professeur :  nous buvions littéralement ses paroles, tant il savait nous attirer vers les musiques qu'il aimait.

Avec lui, point de portée tracée sur le tableau, pas de cours "magistral" d'un air compassé, mais juste une écoute d'oeuvres qu'il nous décryptait ou bien auxquelles il nous invitait simplement à réagir, à exprimer nos émotions.

   Bien sûr, il commença par nous faire écouter des oeuvres à notre portée (Pierre et le Loup, la Symphonie des Jouets...). Puis il continua avec des oeuvres plus exigeantes, telles l'Amour des Trois Oranges de Prokofiev, Ravel et son boléro, le Sacre du Printemps de Stravinski...

J'ai un souvenir très précis, dans cette classe de 5ème, de ma première écoute de Coriolan et de l'accompagnement que nous en fit M. Jourdes, qui en professeur d'Histoire, nous en révéla les liens entre les progressions thématiques et musicales.

Nous étions véritablement à Rome, assistions réellement à la destruction de Rome, et entendions la supplique répétée des femmes.

Nos jeunes esprits apprenaient que l'on pouvait exprimer les sentiments humains avec des instruments de musique...

Ah comme j'aimerais que ce professeur sache combien son enseignement musical, dispensé avec intelligence et pédagogie, a été marquant pour la construction émotionnelle des enfants que nous étions !

Peut-être le Collège Robespierre, qui dispose d'un site, a-t-il les coordonnées de cet ancien enseignant.

Je vais leur envoyer un message...

Quand la deuxième plage du CD a débuté, le fameux "pom, pom, pom, pôm" du premier mouvement de la Symphonie n°5 en ut mineur, m'a, là aussi, rappelé une anecdote liée à mon adolescence.

  Mes parents et moi étions en voiture, de retour d'une grande journée de promenade.

  C'était la fin de la journée, entre chien et loup, et je voyais bien que mon père commençait à s'impatienter car il avait en fait perdu son chemin.

   On tournait en rond et le paysage alternait chemins forestiers et carrière de sable...

Ce n'était pas son habitude, car c'est un bon conducteur qui a le sens de l'orientation.

Mais là, après plusieurs tours et demi-tours, il s'arrêta net.

  L'ambiance était légèrement plombée, on avait l'impression que je ne sais quel événement allait survenir ou qu'une grosse bête allait surgir d'on ne savait où.

L'inquiétude était palpable, on retenait notre souffle.

On n'en menait pas large, allez savoir pourquoi...

 Alors, au bout d'un certain nombre de kilomètres, pour détendre un peu l'atmosphère, mon père dit :

"Bon, on ne se laisse pas abattre, je vais mettre la radio en route, on va chanter un peu, et tout va rentrer dans l'ordre !"

  Nous avions à peine eu le temps d'esquisser un sourire d'approbation, que les quatre notes fatidiques de la Symphonie du Destin résonnèrent dans la voiture de toute leur force et nous prirent à la gorge !

Pom, pom, pom, pôm !

Et puis, très vite, nous avons tous éclaté de rire devant ce clin d'oeil (du destin ?) et puis, très rapidement après cet épisode, avons retrouvé très facilement notre chemin...

  Je peux dire qu'on en parle encore chez nous et à chaque fois, c'est une franche rigolade !

Voici un court extrait du livre d'Eric-Emmanuel Schmitt qui m'a beaucoup plu.

  "Si tout a un terme, alors à quoi bon ?

  Pourquoi lutter, résister jusqu'à l'aube ?

  Beethoven me dévore de ses yeux noirs, fumants, et m'objecte :

- Le but n'est pas de changer la condition humaine en devenant immortel, omniscient, tout-puissant ; non, le but est d'habiter la condition humaine.

  Pour y parvenir, il faut d'abord accepter notre fragilité, nos défaillances, nos tourments, notre perplexité ; abandonner l'illusion de savoir ; faire le deuil de la vérité ; reconnaître l'autre comme un frère en questionnement et en ignorance ; cela s'appelle l'humanisme.

  Pour s'y maintenir, il faut aussi lutter contre la peur, celle de l'échec, celle de la vie, celle de la mort ; cela d'appelle le courage.

  Pour y persévérer, il faut exhaler ce qu'il y a de meilleur en l'homme, de beau dans le cosmos, d'admirable parmi la création ; cela s'appelle la hauteur.

  Pour s'y sentir bien, il faut dépasser la tristesse, le désarroi, la haine du provisoire, le besoin de posséder ; on doit préférer ouvrir les bras, privilégier l'énergie, célébrer l'existence ; cela s'appelle la joie.

  Humanisme, courage, culte de la hauteur, choix de la joie : voilà les quatre propositions de Beethoven.

  On appelle cela une morale."

Un-moment-de-lecture-3545.JPG

Flo, j'ai encore utilisé ton piano comme support...

J'ai hâte que tu viennes à Noël, pour réveiller les voisins !

Un-moment-de-lecture-3547.JPG

------> Livre à ouvrir : Eric-Emmanuel Schmitt, Ma vie avec Mozart

En fait ce livre est le premier du cycle " Le bruit qui pense", le 2ème étant celui portant sur Beethoven dont je viens de vous parler. Suivront Bach, Schubert...

Là aussi, un CD est joint au livre.

J'ai commandé Ma vie avec Mozart, dans la perspective d'aller applaudir prochainement Eric-Emmanuel Schmitt à la Salle Gaveau.

Il sera accompagné par l'Orchestre Symphonique Confluences dont la direction musicale sera assurée par Philippe Fournier.

Je suis très impatiente...

Bonnes lectures (moi, je retourne me délecter de Beethoven...)

eMmA MessanA

Pour retrouver d'autres livres "ouverts/fermés" chez eMmA, cliquez sur la vignette  : 

YS Le haut de la pile
Site officiel d'E-E Schmitt : link

Pour d'autres notes dans lesquelles Eric-Emmanuel Schmitt est évoqué dans ce blog, relier les titres suivants :

Ma vie avec Mozart, la gratitude

La foi

Création mondiale, Le Journal d'Anne Frank

A la plus grande librairie de Paris, E-E S

Une légère différence

Comme un pont - Invitation à la lecture du tag

"... ce n'est pas moi qui tourne les pages."

The Guitrys

La citation du lundi #4

Livre ouvert.... livre à ouvrir # 6. Eric-Emmanuel Schmitt

Sororité

Du rose pour le 1000ème com !

 

 

Ouverture Coriolan, Beethoven

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erato:0059: 18/02/2012 23:14


Une page extraordinaire qui me plait beaucoup. J'aime beaucoup E E Schmitt et tu en parles avec beaucoup d'enthousiasme.


Les souvenirs sont souvent reliés à des senteurs, des sons musicaux , des faits et ils remontent avec beaucoup de force et de détails parfois.


Je pense que le Prof de musique a eu sa récompense en ayant des élèves intéressés et reconnaissants .


Merci pour Beethoven.


Bonne soirée eMmA

eMmA 19/02/2012 10:23



Merci, merci pour cette jolie réaction, Erato.


Je ne sais pas pourquoi cette "ancienne" note est revenue et faire son "actualité", mais je suis très heureuse qu'elle vous plaise car elle fut rédigée avec le coeur du souvenir.


Ah que j'ai aimé apprendre ! Et j'ai la plupart du temps eu la chance d'avoir de très bons guides.


Je te souhaite un excellent diMAnche,


eMmA



gazou 18/02/2012 18:11


Voilà un article qui fait chaud au coeur et qui donne envie de se gorger de musique pour faire provision de joie et de courage..Tu as eu de la chance d'avoir un tel professeur

eMmA 18/02/2012 18:27



Oui, je m'en souviens encore de ce professeur et je lui sais gré de m'avoir fait aimer la musique.


Malheureusement, le Collège Robespierre n'a jamais répondu à mon mail. Ils ont dû me prendre pour une folle, hélas...


Bon week-end, Gazou.


eMmA


 



héléne 16/11/2011 10:40



Superbe texte, quel humanisme, j'aime beaucoup cet auteur, lu plusieurs de ses oeuvres et je découvre sa passion pour la musique, source de bien des joies, qui a effacé souvent nos douleurs. Bel
hommage, Merci.


 


Amicalement


hélène



eMmA 16/11/2011 20:03



Oui, Hélène, je te conseille vraiment ces textes sur les musiciens.


C'est un régal qui réconcilie avec la vie !


Belle soirée,


eMmA



telos 14/11/2011 08:44



tu en parles bien.. j'aime ton collage ci dessus..beaucoup plus délicat à réaliser qu'une photo.



eMmA 14/11/2011 19:45



Merci Télos.


Je ne sais pas, j'aime tenter de réaliser l'un ou l'autre, selon l'humeur...



EasyDoor 13/11/2011 10:12



Je passe vite fait car
je manque de temps en ce moment pour flaner sur les blogs.


Je viens de voir ton commentaire sur le site des Blogs Awards et je te dis un grand merci pour ton soutient.


 


Bon dimanche



eMmA 13/11/2011 10:16



Dur dur de trouver du temps pour moi aussi en ce moment plus que jamais....


on diMAnche,


eMmA



gazou 13/11/2011 08:54



Bel hommage à ce professeur qui a su vous éveiller à la musique, c'est en effet une grande chance de l'avoir eu comme professeur


et bel hommage à E.E.Schmitt que j'apprécie moi aussi



eMmA 13/11/2011 11:10



Merci Gazou !


J'avais un peu plus de mal avec le professeur de dessin : il n'était pas d'accord avec ma manie de vouloir déchirer, puis coller !!


EES est juste génial !


Bises et bon diMAnche,


eMmA