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J'observe, j'imagine, je compile, je froisse, je déchire et je colle des fragments de toutes sortes de papiers. J'aime fixer l'éphémère pour qu'une fois transformé et assemblé en pièce unique, il raconte une tout autre histoire, intemporelle. Tous droits réservés © eMmA MessanA

eMmA MessanA, collagiste

J'observe, j'imagine, je compile, je froisse, je déchire et je colle des fragments de toutes sortes de papiers. J'aime fixer l'éphémère pour qu'une fois transformé et assemblé en pièce unique, il raconte une tout autre histoire, intemporelle. Tous droits réservés © eMmA MessanA

Mille et une nuits...

com

"La mère des contes" de Henri Gougaud.

"Où sont donc nés les contes, et pourquoi, et comment ?

Une femme l’a su, aux premiers temps du monde. Qui l’a dit à la femme ? L’enfant qu’elle portait dans son ventre. Qui l’a dit à l’enfant ? Le silence de Dieu. Qui l’a dit au silence ?

            Il était une première fois, dans la grande forêt des premiers temps, un rude bûcheron et son épouse triste. Ils vivaient pauvrement dans une maison basse, au cœur d’une clairière. Ils n’avaient pour voisins que des bêtes sauvages et ne voyaient passer, dehors, par la lucarne, que vents, pluies et soleils.

Mais ce n’était pas la monotonie des jours qui attristait la femme de cet homme des bois et la faisait pleurer, seule, dans sa cuisine. De cela elle se serait accommodée, bon an, mal an.

Hélas, en vérité, son mari avait l’âme aussi broussailleuse que la barbe et la tignasse. C’était cela qui la tourneboulait. Caressant, il l’était comme un buisson d’épines, et quand il embrassait en grognant sa compagne, ce n’était qu’après l’avoir battue.

Tous les soirs il faisait ainsi, dès son retour de la forêt. Il poussait la porte d’un coup d’épaule, empoignait un lourd bâton de chêne, retroussait sa manche droite, s’approchait de sa femme qui tremblait dans un coin, et la rossait.

C’était sa façon de lui dire bonsoir.

Passèrent mille jours, mille nuits, mille roustes. L’épouse supporta sans un mot de révolte les coups qui lui pleuvaient chaque soir sur le dos. Vint une aube d’été sur la clairière. Ce matin-là, comme elle regardait son homme s’éloigner sous les grands arbres, sa hache en bandoulière, elle posa les mains sur ses  hanches et pour la première fois depuis le jour de ses épousailles elle sourit. Elle venait à l’instant de sentir une vie nouvelle bouger là, dans son ventre.

« Un enfant ! » pensa-t-elle, tremblante, émerveillée. Mais son bonheur fut bref, car lui vint aussitôt plus d’épouvante qu’elle n’en avait jamais enduré.

« Misère, se dit-elle, qui le protégera si mon mari me bat encore ? En me cognant dessus, il risque de l’atteindre. Il le tuera peut-être avant qu’il ne sot né. Comment sauver sa vie ? En n’étant plus battue. Mais comment, Seigneur, ne plus être battue ? »

Elle réfléchit à cela tout au long du jour avec tant de souci, de force et d’amour neuf pour son fils à venir qu’au soir elle sentit germer une lumière.

            Elle guetta son homme. Au crépuscule il s’en revint, comme à son habitude. Il prit son gros bâton, grogna, leva son bras noueux. Alors elle lui dit :

- Attends, mon maître, attends ! J’ai appris aujourd’hui une histoire, elle est belle. Ecoute-la d’abord, tu me battras après.

            Elle ne savait rien de ce qu’elle allait dire, mais un conte lui vint. Ce fut comme une source innocente et rieuse. Et l’homme demeura captif, si pantois et content qu’il oublia d’abattre son bâton sur le dos de sa femme. Toute la nuit elle parla. Toute la nuit il l’écouta, les yeux écarquillés, sans remuer d’un poil. Et quand le jour nouveau éclaira la lucarne, elle se tut enfin. Alors il poussa un soupir, vit l’aube, prit sa hache et s’en fut au travail.

            Au soir gris, il revint. Elle l’entendit pousser la porte à grand fracas. Elle courut à lui.

- Attends, mon maître, attends ! Il faut que je te dise une nouvelle histoire. Ecoute-la d’abord, tu me battras après !

            A l’instant même un conte neuf naquit de sa bouche surprise. Comme la nuit passée son époux l’écouta, l’œil rond, le poing tenu en l’air par un fil invisible. Le temps parut passer comme un souffle. A l’aube elle se tut. Il vit le jour, se dit qu’il lui fallait partir pour la forêt, prit sa hache, et s’en alla.

            Et quand le soir tomba vint encore une histoire. Neuf mois, toutes les nuits, cette femme conta pour protéger la vie qu’elle portait dans le ventre. Et quand l’enfant fut né, l’homme connut l’amour. Et quand l’amour fut né, les contes des neuf mois envahirent la terre. Bénie soit cette mère qui les a mis au monde.

Sans elle les bâtons auraient seuls la parole."

Site officiel de Henri Gougaud : lien

DSC05536.JPG

© eMmA MessanA

Mars 2012, Hiran Minar.

Sheikupura (province du Pendjab,  #Pakistan)

Conter n'est pas affaire de technique, c'est un art de la relation.

collage emma messana promesse d hiver

collage emma messana promesse d hiver

© eMmA MessanA

Paris XIème, février 2013

N°193 Promesse d'hiver 3/4

Collage sur papier dessin 24 X 16cm

  Fragments de papiers

(le copyright en filigrane n'apparaît pas sur le collage d'origine)

Ce N°193, pièce unique a fait l'objet de la commande d'une série de 4 collages,

Il est vendu et vit au Kremlin Bicêtre

Pour voir la série, c'est ici : clicclac

les collages d’eMmA MessanA soutiennent APRES SCHOOL à Pondichery (Inde)

5% du produit de la vente de ce collage ont été versés à APRES en France, envoyés dans une enveloppe "♥ @ ♥"

Yves Duteil en est le Président-Fondateur et Noëlle Duteil  la Trésorière

 

Raoui, Souad Massi

Paroles et musique, Souad Massi.

Extrait de l'album Raoui (2001 Island Records)

Ici, vous entendez la version live acoustique 2007

Pour ceux qui ne doisposent pas de Deezer, voir la vidéo plus bas :

 Er ràouy

àHki ya raoui àHki àHkàya
madà byk tkoùn riwàya
aHkyly 3là nass zmàn
aHkyly 3là àlef lyla w'lyla
wa 3là loùndja bint el ghoùla
wa 3là w'lid es selTan
Hàjytek mà (d)jytek
Weddynà b3id m'hed denya
Hajytek mà (d)jytek
Koul wàHed mennà fqalbou Hkàya
Koul wàHed mennà fqalbou Hkàya

àHki w'ensà billi àHnà kbàr
fy bàlik llirana nàSghàr
ou nemnoù koul aHkàya
aHklinnà 3là el jenna aHklinnà 3là en nàr
w' 3là eT Tyr elly 3oumrou maTàr
fehemnà ma3nà ed dnya
Hàjytek mà (d)jytek
Weddynà b3id m'hed denya
Hajytek mà (d)jytek
Koul wàHed mennà fqalbou Hkàya
Koul wàHed mennà fqalbou Hkàya

àHki yà er ràouy kimà àHkàwlek
mà tzyd mà tnaqqaS min 3endek
ga3 nechfàw 3là bàlek
aHki wa nessyna f'hàd ez zmàn
khallynà fy kàn yà makàn
fy kàn yà makàn
Hàjytek mà (d)jytek
Weddynà b3id m'hed denya
Hajytek mà (d)jytek
Koul wàHed mnnà fqalbou Hkàya
Koul wàHed mnnà fqalbou Hkàya

Le Conteur
Raconte, conteur
Raconte une histoire, une légende
Parle-nous des gens d'antan
De Loundja, la fille de l'ogresse et du fils du Sultan

Commence par "Il était une fois",
Offre-nous des rêves
Commence par "Il était une fois"
Chacun d'entre nous a une histoire au fond de son cœur

Raconte, oublie que nous sommes grands
Comme si nous étions des enfants
Nous voulons croire à toutes les histoires
Parle-nous du paradis et de l'enfer
De l'oiseau qui n'a jamais volé
Donne-nous le sens de la vie

Raconte, comme on t'a raconté
Sans en rajouter, sans en enlever
Prends garde, il existe une mémoire
Raconte, fais que l'on oublie notre réalité
Abandonne-nous dans ce "Il était une fois".

Site officiel de Souad Massi : link

Pour retrouver Souad Massi en duo avec Marc Lavoine ou Bernard Lavilliers, dans le blog d'eMmA MessanA, cliquez sur le titre d'une note :

I love Paris

Pause en N&B

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Commenter cet article

Martine 06/06/2015 05:26

Ce que c'est beau!
Cela me fait penser aux contes des mille et une nuits.
J'aime beaucoup Henri Gougaud, sa voix , son accent merveilleux

tes collages me plaisent toujours autant eMmA. Un de ces jours, je t'en reprendrai de nouveau
Douce journée à toi
;)

eMmA MessanA 08/06/2015 11:18

Oh, vois-tu, je n'ai pas le souvenir que tu as l'un de mes collages. Lequel est-ce ? Voilà que ma mémoire me fait défaut... C'est bien rare dans ce domaine, j'en suis confuse...

papydompointcom 01/06/2015 09:23

Un conte que pourrait raconter kasimir
une chanson qui aurait pu illustrer l'un de mes diaporamas marocains.

dominique

eMmA MessanA 01/06/2015 09:25

les grands esprits se rencontrent... ;)
Belle semaine Dominique,
eMmA

erato 13/09/2014 23:15

Un conte très beau , une chanson émouvante , un collage tout en tendresse .....une page sublime!
Belle soirée, bises eMmA

eMmA 14/09/2014 11:42

Henri Gougaud a écrit des pages extraordinaires.
Dans une autre vie, lorsque j'étais conteuse, je le considérais comme un maître et modèle. Il l'est toujours bien évidemment, et moi... je suis devenue collagiste, une autre façon de conter !
Je t'embrasse.
eMmA

gazou 12/09/2014 08:36

une belle chanson, un beau conte, un beau collage..Merci Emma pour ce très bel article

eMmA MessanA 12/09/2014 17:08

Merci à toi Gazou pour ta fidélité et ton enthousiasme.

Gérard 01/04/2012 23:14


...et toi tu me fais découvrir le Pakistan ...c'est çà  le troc culturel sans doute. Une peinture arrive par mail
chez toi... Bonne nuit ..

eMmA 02/04/2012 07:42



Mail bien arrivé et j'observe ta peinture tranquillement dès que possible.


Merci beaucoup.


eMmA



Mélanie 01/04/2012 00:05


Merci pour cette belle histoire.

eMmA 01/04/2012 00:30



Avec plaisir...



Gérard 31/03/2012 21:45


Merci Emma, parmi les meilleures chansons de Souad Massi qui ne passe jamais à la télé ni même à la radio...J'ai connu Idir il y a quelques années avec Souad Massi sur Arte sinon...Bon dimanche
Emma

eMmA 01/04/2012 00:26



Gérard, c'est grâce à toi si celle-ci est à l'honneur aujourd'hui.


A présent les disques "Raoui" et "Mesk Elil" sont dans mon Ipod et la douce voix de Souad Massi m'accompagne dans le métro et mes déambulations parisiennes.


C'est donc bien à toi que je dis merci.


Bon diMAnche,


eMmA



Anne 31/03/2012 14:42


Merci Emma de ta longue réponse, je comprends mieux. Issue d'une famille de nomades (je suis née au Cameroun, mes 4 frères et soeur dans des pays différents) je peux comprendre, d'autant qu'un de
mes fils rentre d'Afghanistan, une autre d'Haïti mais elle était aupararavant en Egypte et repart au Qatar en septembre (restauratrice en oeuvres d'art)Cela fait des gens ouverts, curieux; c'est
vrai que la destination Pakistan n'est guère courante; si tu veux au gujarat, j'ai rencontré des femmes pour qui la broderie était UN pays, certaines étaient indiennes, certaines avaient fui le
Pakistan, la guerre civile entre les 2 pays a été terrible et a laissé des traces et les indiens plutôt pacifistes (même s'il y aeu de la violence, ex: la mort de Gandhi -dont je parlerai dans
mon jornal indien) ne disent pas de bien du  Pakistan, frères ennemis....Bon week-end! 

eMmA 31/03/2012 14:56



Oui, Anne, pour moi aussi, la liste de ma vie familiale nomade serait trop longue à présenter ici...


A Lahore aussi, les plaies de la partition ne sont pas encore pansées... Trop de morts de part et d'autre. Des frères, oui c'est évident, des amis demain, peut-être...


A bientôt,


eMmA


 



Mimi 31/03/2012 11:59


Merci Emma pour la traduction de cette très belle chanson de l'Algérienne Souad Massi que j'aime beuacoup

eMmA 31/03/2012 12:57



Je ne la connnaissais qu'à peine, et je suis à présent en train de mieux connaître son magnifique univers...



hélène 31/03/2012 11:45


Emotion à la lecture de ce conte, surtout illustré par cette photo si vivante et la musique douce qui l'accompagne.


 


Belle journée pour toi.


Hélène

eMmA 31/03/2012 12:56



Henri Gougaud est un très grand du conte.


J'ai aimé ce joli moment de la prise de cette photo. Il m'a fallu un peu de temps pour "apprivoiser" la maman qui se cachait tour à tour derrière son joli voile ou son bambin...


Il y avait tout un groupe de femmes et d'enfants dans cette famille.


Le papa photographiait tout le monde (peut-être suis-je sur dans l'un de leurs blogs, qui sait ?)


Passe une très bonne journée, Hélène


eMmA



CAnnie LAPEYRE 31/03/2012 10:56


Moi aussi, j'en ai les larmes aux yeux


Quelle intense émotion !!!!

eMmA 31/03/2012 11:39



Je me souviens qu'il m'arrivait de commencer mes séances de contes avec ce très joli conte.


Mais, je ne le choisissais que si les enfants étaient assez grands.


Bon week-end, Annie.


eMmA



gazou 31/03/2012 10:18


Merci, Emma, pour ce très beau conte, cette très belle chanson...J'en ai les larmes aux yeux

eMmA 31/03/2012 10:55



Se sont de belles larmes, celles de l'émotion qui viennent abreuver la beauté et la sensibilité du conte millénaire bercé par l'Humanité qui aime et crée le mystère de la Vie.


Mouvement perpétuel du passage des mots et de la vie, génération après génération...


Bon week-end, Gazou.


eMmA