






Voici la version gratuite on-line du conte pour enfants
"Le Régime de Replète la Sorcière"
Cette histoire raconte les aventures d'enfants solidaires et espiègles
qui savent déjouer les plans des vilaines sorcières.
Cette version en ligne est illustrée par mes eMmAcollages.
***
La version livre,
illustrée par Clovis Perrin (alias Kasimir),
est disponible.
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Le Régime de Replète la Sorcière
Mais, à sa grande surprise, rien ne se passa : le balai ne fut pas du tout impressionné par ces incantations qui lui rappelaient que la sorcière était lourde comme deux sacs de pommes de
terre.
Replète était si dépitée qu'elle prit son balai et le jeta aussi sec dans le sombre placard rempli de toiles d'araignées au fond duquel elle cachait ses bocaux de conserves et ses pots de
confitures.
- Voilà ! Ca t'apprendra à me désobéir. Tu n'en sortiras que lorsque tu seras décidé à me conduire dans les airs comme tout balai de sorcière qui se respecte ! Nom d'un sac à poussière !
Elle était très en colère et plus rouge qu'une cerise griotte.
Le pauvre balai fut donc enfermé à clé, bien heureux de ne pas servir de petit bois pour la cheminée où la sorcière faisait chauffer son chaudron, toujours prêt à mijoter ses énormes repas
destinés à calmer son gigantesque appétit.
Chapitre 2.
Privée de son balai, Replète fut bien obligée d'aller faire ses emplettes à pied, mais d'abord,
elle réfléchit à son menu pour midi. Elle s'installa confortablement dans son fauteuil qui grinça et s'écroula un peu sous son poids.
Puis, elle dressa avec ardeur une longue liste des victuailles qu'elle désirait acheter :
- Il me faut, pour l'entrée, une vingtaine de cuisses de grenouilles au vin blanc.
« Pour le plat de résistance, deux petits enfants bien gras et bien frais. Je les accompagnerai de trois beaux poulets rôtis, d'un chapelet de saucisses et de quatre kilos de pommes de terre
en purée... non cinq !
« Et pour mon dessert, je prendrai une montagne de crème de marrons, c'est léger, la crème de marrons ! J'y ajouterai des bananes écrasées et un gros pot de confiture de framboises.
« Voilà, ce sera tout pour ce midi !
Replète avait oublié sa colère contre son balai et toute à l'idée de ses futurs achats, elle avait retrouvé son sourire et son entrain.
Elle se dit en se frottant les mains :
- Mazette, je vais me concocter un de ces repas de fête !
A ces mots, le balai se retourna dans son placard. Il en cassa même deux pots en verre remplis de cornichons à la bave de crapaud qui dégringolèrent de l'étagère la plus haute.
Boum, boum, patatras
Et bing, et bang !
- Tant pis pour les dégâts, se dit le balai reclus dans le noir, ce sera toujours ça en moins dans le gros ventre de la sorcière !
Une demi-heure plus tard, Replète prit son grand cabas et sortit de sa maison.
Elle alla directement au fin fond de son village à l'épicerie du Père Toqué, rue du Chat-qui-Grignote, chez lequel elle avait ses habitudes...
Son sac devint vite très lourd, rempli avec les poulets, les saucisses encore chaudes, les
cuisses de grenouille, la confiture, la crème de marron, les bananes et avec tout un tas d'autres bonnes choses auxquelles elle n'avait pas pu résister.
Elle était si gourmande !
Elle continua son chemin à petits pas en tirant son gros sac vers la Forêt de Cherche-Chemin.
Chapitre 3.
Une heure plus tard, Replète la Sorcière pénétra dans l'épais sous-bois, car comme à l'accoutumée, elle partait à la recherche de ce qu'elle estimait être l'essentiel de son déjeuner : deux enfants égarés...
C'était un endroit sombre et tout à fait inquiétant qu'elle connaissait parfaitement.
Mais quelle ne fut pas sa surprise : au bout de quelques heures, elle n'avait rencontré âme qui vive et en plus, elle était complètement épuisée.
Elle n'avait pas l'habitude de marcher aussi longtemps ni aussi loin. Son balai, qui volait plus
vite que l'éclair, lui manquait, car il savait la conduire exactement à l'endroit où les petits enfants se perdaient.
Mais elle devait encore beaucoup marcher parmi les fougères épaisses et elle traînait ses lourdes jambes et son gros derrière.
Elle s'arrêtait toutes les cinq minutes, fourbue, pour reprendre son souffle et pour pester
méchamment contre son balai qui se reposait tranquillement au fond du placard parmi les victuailles.
Parfois, son chapeau s'accrochait aux branches les plus basses des arbres. Elle continuait alors, son couvre-chef de guingois.
Longtemps après, elle arriva à l'autre bout de la forêt...
Il n'y avait toujours personne. Pas la moindre fillette, pas le moindre p'tit gars à se mettre sous la dent !
Replète commençait à ne plus pouvoir contenir son appétit féroce. Elle en avait assez de sa très longue course.
Alors, elle entonna sa formule magique :
« Par le rebond
De mon double menton
Petits enfants égarés,
Apparaissez !
A l'instant, montrez le bout d'vot' nez !
Apparaissez, apparaissez ! »
Aussitôt, dans un bruissement de feuilles apparurent Violette et Antoine, au beau milieu du
sentier. Ils avaient de bonnes joues roses, tout à fait comme les appréciait Replète.
Alléchée, elle les imaginait déjà dans son assiette.
Elle avait de plus en plus faim.

Les deux mignons qui s'étaient perdus depuis longtemps déjà, furent d'abord heureux de rencontrer enfin quelqu'un.
- Bonjour Madame, pouvez-vous nous dire comment retrouver notre chemin, s'il vous plaît ?
« Nous étions partis cueillir des fraises des bois et comme elles sont bien plus délicieuses au fond de la forêt, nous avons désobéi et nous nous sommes éloignés du sentier.
« Pourtant, nous savions bien qu'il ne fallait pas aller trop loin : certains de nos amis ont déjà disparu dans cette forêt...
Mais maintenant nous sommes tout à fait perdus et très très loin de chez nous, avouèrent-ils dans un sanglot.
- Oui, dit la Sorcière, je vous dirai comment retrouver votre chemin, je connais très bien
Cherche-Chemin. J'y viens tous les matins... Mais d'abord, vous allez m'aider à porter mon gros sac jusqu'à chez moi.
Les petits, soulagés et peu méfiants, acceptèrent volontiers. Ils séchèrent leurs larmes et reprirent très vite courage.
En chemin, ils se dirent que le sac était bien lourd et que la dame était si grosse, qu'elle devrait bien se mettre au régime.
Et ils riaient de bon cœur avec tant d'insouciance...
En arrivant devant son antre, Replète la Sorcière poussa aussitôt Violette et Antoine à
l'intérieur et ferma vite sa porte à clé. Elle posa la clé sur le rebord de la fenêtre qui d'un coup l'avala.
Glups !
Voyant la tournure que prenaient les événements, les pauvres petits comprirent qu'ils étaient désormais prisonniers de la malfaisante Replète et qu'ils allaient subir le même sort que leurs copains qui avaient disparu et que personne n'avait jamais retrouvés : ils allaient finir à la casserole comme de simples rôtis de porc aux navets.
Ils prirent peur, et n'avaient plus du tout, mais alors plus du tout envie de rire...
Chapitre 4.
Pendant que la sorcière déballait ses courses et qu'elle plongeait au fur et à mesure toutes ses provisions dans le gros chaudron, Violette et Antoine,
qui étaient très malins, décidèrent courageusement de déjouer les plans de la sorcière.
Il fallait faire preuve de ruse, sinon ce serait à leur tour d'aller rôtir dans la marmite fumante et bouillante de Replète ! Et de cela, il n'en était pas question, on allait voir de quel
bois ils se chauffaient, nos promeneurs imprudents...
Ils profitèrent du moment où Replète la Sorcière avait le dos tourné à remuer avec une immense
cuillère en bois sa mixture infâme, pour prestement dénouer les rubans multicolores qui retenaient les longs cheveux de Violette.
C'est alors qu'ils tirèrent la sorcière par le nœud qui retenait son tablier. Entraînée par son gros popotin, celle-ci dégringola sur son fauteuil et nos deux amis l'y attachèrent fermement
avec les jolis rubans.
Furieuse, la sorcière essaya de s'échapper, mais les enfants avaient bien serré les nœuds. Ils mirent aussi un ruban sur sa bouche pour l'empêcher de dire ses formules magiques. Ils étaient
vraiment astucieux !
Ils cherchèrent aussitôt à se sauver, mais la clé de la porte s'était volatilisée.
Impossible de la trouver.
Ils restaient prisonniers, mais ils étaient tout de même en sécurité.
Replète, bien attachée, ne pouvait même pas bouger le petit doigt.
Plus tard, comme ils commençaient à avoir faim, ils se confectionnèrent une belle tarte aux
fraises dont ils se régalèrent jusqu'à la dernière miette.
Ne voulant quand même pas laisser la sorcière mourir de faim, Violette et Antoine lui firent à manger, mais ils décidèrent de la mettre au régime.
La sorcière trouva ce jour-là dans son assiette : un haricot vert et trois feuilles d'épinard, une fève et un pois chiche, deux croûtons de pain, une rondelle de tomate accompagnée de deux
coquillettes. Pour son dessert, elle reçut une fraise coupée en deux.
- Saperlipopette, dit la sorcière, ce repas ne vaut pas tripette !
Il lui fut servi le même plat durant une semaine.
Replète la Sorcière fondait à vue d'œil.
Chapitre 5.
Au bout de deux semaines de ce régime, la dondon était beaucoup moins dodue et elle n'avait toujours pas trouvé de solution pour se défaire des rubans qui l'emprisonnaient.
Alors, elle repensa à son balai qu'elle avait laissé dans le noir, tout au fond du placard...
Elle raconta sa dispute aux enfants et la raison pour laquelle elle l'avait enfermé.
Puis, elle demanda d'une toute petite voix la permission d'aller rechercher son balai.
Les enfants n'avaient pas confiance, aussi ils acceptèrent de délivrer le balai à la seule condition que Replète leur donne la clé du placard dans lequel elle l'avait remisé et qu'ils le
récupèrent eux-mêmes.
Dépitée, la sorcière accepta.
Quand ils ouvrirent la porte du placard, ils eurent beau écarquiller les yeux, point de
balai.
En cherchant bien, ils trouvèrent juste une baguette.
Antoine dit : « Tu crois que le balai de la sorcière aurait pu l'imiter et maigrir au point de devenir une baguette toute mince ?
- Tu as sûrement raison, répondit Violette.
Elle s'approcha avec précaution, prit la baguette et aussitôt la Fée Kipitoui apparut.
Elle leur sourit et leur dit de sa voix chantante :
- Je vous remets la clé qui vous permettra de sortir de l'antre de Replète.
« Mais, écoutez-moi bien : elle n'entrera dans la serrure que lorsque vous aurez délivré tous les petits que Replète a dévorés !
Et hop ! Kipitoui disparut dans un tourbillon scintillant d'étoiles, laissant derrière elle, à l'endroit où se trouvait la baguette... un gros aspirateur ventru.
Violette et Antoine, éblouis, étaient perplexes !
Dès que les enfants appuyèrent sur le bouton de l'aspirateur pour le mettre en marche, la sorcière qui depuis son régime était devenue aussi fine qu'une liane, fut aussitôt aspirée dans le long tube de l'aspirateur. Elle essaya de se débattre, mais rien n'y fit. On voyait juste son chapeau qui dépassait...
Elle essaya de lancer des sorts, mais comme elle ne cessait d'éternuer, ceux-ci n'avaient plus
aucun pouvoir.
Si on prêtait bien l'oreille, on pouvait entendre les cris étouffés de la sorcière :
« Aaatchoum !
Par la finesse de ma taille de guêpe,
Je ne veux pas finir aplatie comme une crêpe !
Aaatchoum !
Par le galbe de mon joli mollet,
Rendez-moi ma liberté !
Atchoum ! Atchoum ! Atchoum ! »
Quand l'aspirateur fut éteint, une petite fille prénommée Colombe sortit, toute légère, du sac à poussière.
Elle était vraiment reconnaissante envers Antoine et Violette de l'avoir délivrée du ventre de
Replète.
Elle entreprit aussitôt de faire entrer la lumière dans la sombre demeure de la sorcière en faisant briller les carreaux des fenêtres qui n'avaient pas vu le chiffon depuis des mois.
A la fin de la journée, un rayon de lune vint diffuser une douce lumière dans la pièce où les trois enfants s'étaient endormis.
Chapitre 6.
Le lendemain matin, c'est un rayon de soleil espiègle qui vint chatouiller les enfants pour les
réveiller.
Colombe prit la clé de la Fée Kipitoui et tenta de la faire pénétrer dans la serrure de la porte d'entrée, mais elle était bien trop petite.
Alors, elle s'approcha de l'aspirateur, le mit en marche et aspira toutes les épluchures de pommes de terre et de vieilles carottes qui faisaient un tas sur le sol de la
cuisine.
On entendit au milieu du bruit du moteur quelques éternuements mêlés à d'amères remarques :
« Pouac ! c'est pas bon... »
Quand la cuisine fut bien propre, l'aspirateur fut éteint et à ce moment-là, apparut en titubant
la petite Margaux.
Elle éclata de rire lorsqu'elle vit les regards ébahis de Violette, Antoine et Colombe qui la dévisageaient.
Margaux était une petite fille très gaie et très vive qui adorait la couleur. Aussi, elle entreprit sans plus attendre de repeindre les murs aux couleurs de l'arc-en-ciel.
Replète, qui ne se complaisait que dans le noir ou le gris, bougonnait du fond de sa prison, en imaginant la transformation de sa lugubre maison.
Quand la peinture fut sèche, Colombe offrit la clé à Margaux. Hélas, elle non plus ne put les délivrer.
Le lendemain, mercredi, Margaux fit avaler à Replète quelques zestes de citrons, une dizaine de
grains de poivre et un bouquet de vieilles feuilles de houx séchées.
Malgré le vacarme que faisait l'aspirateur, elle l'entendit qui pestait entre deux quintes de toux contre les plaisantins.
Après ce petit déjeuner, un petit Florentin fut rendu par Replète.
Il était un peu poète et musicien. Il se dirigea aussitôt vers le vieux piano de la sorcière qui n'avait pas joué depuis des siècles. Florentin prit le plus doux des chiffons pour enlever
toutes les toiles d'araignées qui tapissaient le clavier et pour faire briller les pédales.
Il joua tout l'après-midi pour ses nouveaux amis qui l'avaient extrait des griffes de la sorcière.
Ce fut le plus beau concert auquel ils avaient assisté et le soir venu, ils offrirent au petit pianiste la fameuse clé qui cependant, n'accepta toujours pas d'entrer dans la serrure : elle était bien trop grande...
Le jeudi, c'est Charlotte qui sortit de l'aspirateur.
Son goût sucré avait plu à la sorcière et il est vrai qu'elle était très douée pour réussir toutes sortes de gâteaux, biscuits et bonbons, mais pas pour ouvrir les portes...

Le vendredi, après avoir avalé les moutons qui dormaient depuis mille ans sous les meubles,
Replète dut laisser Angélique sortir à l'air libre.
Sa passion à elle, c'était les bouquets de fleurs. Elle en mit partout et ça sentait bon dans toutes les pièces de la maison.

Samedi, Amandine arriva et disposa des corbeilles de fruits dans la cuisine et la salle à
manger.
Mais la clé lui resta collée aux doigts lorsqu'elle voulut l'introduire dans la serrure...

Les enfants demeuraient prisonniers de la maison tout embellie.
Ils auraient quand même bien voulu rentrer enfin chez eux.
Malgré tout, ensemble, ils étaient très joyeux et s'amusaient, chantaient et dansaient.
Chapitre 7.
Le septième jour, il n'y avait plus grand chose à nettoyer, aussi ils donnèrent à l'aspirateur quelques os à ronger pour la sorcière.
Le moteur vrombissait moins fort ce jour-là et on pouvait entendre Replète qui disait d'une voix faible :
Les enfants arrêtèrent l'aspirateur, et un petit Congolais, nommé Léopold, arriva parmi tous les
autres enfants.
Il était émerveillé devant la beauté de la petite maison et expliqua qu'il s'était perdu dans Cherche-Chemin un jour qu'il était parti à la recherche d'un toit pour sa nombreuse
famille.
Lorsqu'il mit la clé dans la serrure, elle y entrait exactement.
Ce fut un soulagement et tous applaudirent Léopold.
Les enfants purent rentrer enfin chez eux : ils trouvèrent facilement le chemin du retour.

Léopold revint bientôt avec toute sa famille qu'il installa dans l'ancien logis de la
sorcière.
Régulièrement, ses nouveaux amis vinrent écouter les histoires que son grand-père le griot savait si bien raconter.
Parfois même, en prêtant bien l'oreille, on pouvait entendre le rire de Kipitoui.
Quant à Replète la Sorcière, depuis ce temps, le gros aspirateur la propulse dans les airs, loin, de l'autre côté de la galaxie.

Qui sait si là-haut, depuis son régime, Replète la Sorcière n'est pas devenue Fluette la
Sorcière ?
Mais ça, c'est une autre histoire...
FIN
Pour lire le Making-of de ce conte
Le Régime de Replète la Sorcière,
vous m'avez dit...