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Plume d'Ange

Valentine m'envoie de Lausanne cette très jolie photo prise de sa terrasse pour me faire savoir que l'ange de sa commande n'a perdu aucune de ses plumes durant son voyage vers elle...

Pourtant la route fut un peu longue, et le risque grand que mon paquet ne subisse les assauts de la douane suisse.

Mais il faut croire qu'un ange a de la facilité pour voyager sereinement, même si ses ailes devaient être un peu engourdies à l'arrivée...

Bon week-end à tous.

eMmA 

La neige chez ValentinePhoto de Valentine.

"Plume d'Ange", Claude Nougaro (1977)

Texte, Claude Nougaro

Musique JC Vannier 

Vous voyez cette plume?
Eh bien, c'est une plume... d'ange
Mais rassurez-vous, je ne vous demande pas de me croire, je ne vous le demande plus.
Pourtant, écoutez encore une fois, une dernière fois, mon histoire.
Une nuit, je faisais un rêve désopilant quand je fus réveillé par un frisson de l'air.
J'ouvre les yeux, que vois-je?
Dans l'obscurité de la chambre, des myriades d'étincelles...
Elles s'en allaient rejoindre, par tourbillonnements magnétiques, un point situé devant mon lit.
Rapidement, de l'accumulation de ces flocons aimantés, phosphorescents, un corps se constituait.
Quand les derniers flocons eurent terminé leur course, un ange était là, devant moi, un ange réglementaire avec les grands ailes de lait.
Comme une flèche d'un carquois, de son épaule il tire une plume, il me la tend et il me dit:
"C'est une plume d'ange. Je te la donne. Montre-la autour de toi.
Qu'un seul humain te croie et ce monde malheureux s'ouvrira au monde de la joie.
Qu'un seul humain te croie avec ta plume d'ange.
Adieu et souviens-toi: la foi est plus belle que Dieu."

Et l'ange disparut laissant la plume entre mes doigts.
Dans le noir, je restai longtemps, illuminé, grelottant d'extase, lissant la plume, la respirant.
En ce temps-là, je vivais pour les seins somptueux d'une passion néfaste.
J'allume, je la réveille:

"Mon amour, mon amour, regarde cette plume... C'est une plume d'ange!
Oui! un ange était là... Il vient de me la donner...
Oh ma chérie, tu me sais incapable de mensonge, de plaisanterie scabreuse...
Mon amour, mon amour, il faut que tu me croies, et tu vas voir... le monde!"
La belle, le visage obscurci de cheveux, d'araignées de sommeil, me répondit:
"Fous-moi la paix... Je voudrais dormir... Et cesse de fumer ton satané Népal!"
Elle me tourne le dos et merde!

Au petit matin, parmi les nègres des poubelles et les premiers pigeons, je filai chez mon ami le plus sûr.
Je montrai ma plume à l'Afrique, aux poubelles, et bien sûr, aux pigeons qui me firent des roues, des roucoulements de considération admirative.
Je sonne.
Voici mon ami André.
Posément, avec précision, je vidais mon sac biblique, mon oreiller céleste:
"Tu m'entends bien, André, qu'on me prenne au sérieux et l'humanité tout entière s'arrache de son orbite de malédiction guerroyante et funeste.
A dégager! Finies la souffrance, la sottise. La joie, la lumière débarquent!"
André se massait pensivement la tempe, il me fit un sourire ému, m'entraîna dans la cuisine et devant un café, m'expliqua que moi, sensible, moi, enclin au mysticisme sauvage, moi devais reconsidérer cette apparition.
Le repos... L'air de la campagne... Avec les oiseaux précisément, les vrais!

Je me retrouve dans la rue grondante, tenaillant la plume dans ma poche.
Que dire? Que faire?
"Monsieur l'agent, regardez, c'est une plume d'ange."
Il me croit!
Aussitôt les tonitruants troupeaux de bagnoles déjà hargneuses s'aplatissent.
Des hommes radieux en sortent, auréolés de leurs volants et s'embrassent en sanglotant.
Soyons sérieux!
Je marchais, je marchais, dévorant les visages. Celui-ci? La petite dame?
Et soudain l'idée m'envahit, évidente, éclatante... Abandonnons les hommes!
Adressons-nous aux enfants! Eux seuls savent que la foi est plus belle que Dieu.
Les enfants... Oui, mais lequel?
Je marchais toujours, je marchais encore.
Je ne regardais plus la gueule des passants hagards, mais, en moi, des guirlandes de visages d'enfants, mes chéris, mes féeriques, mes crédules me souriaient.
Je marchais, je volais... Le vent de mes pas feuilletait Paris...
Pages de pierres, de bitume, de pavés maintenant.
Ceux de la rue Saint-Vincent... Les escaliers de Montmartre.
Je monte, je descends et me fige devant une école, rue du Mont-Cenis.
Quelques femmes attendaient la sortie des gosses.
Faussement paternel, j'attends, moi aussi.
Les voilà.
Ils débouchent de la maternelle par fraîches bouffées, par bouillonnements bariolés.
Mon regard papillonne de frimousses en minois, quêtant une révélation.
Sur le seuil de l'école, une petite fille s'est arrêtée.
Dans la vive lumière d'avril, elle cligne ses petits yeux de jais, un peu bridés, un peu chinois et se les frotte vigoureusement.
Puis elle prend son cartable orange, tout rebondi de mathématiques modernes.
Alors j'ai suivi la boule brune et bouclée, gravissant derrière elle les escaliers de la Butte.
A quelque cent mètres elle pénétra dans un immeuble.
Longtemps, je suis resté là, me caressant les dents avec le bec de ma plume.

Le lendemain je revins à la sortie de l'école et le surlendemain et les jours qui suivirent.
Elle s'appelait Fanny. Mais je ne me décidais pas à l'aborder.
Et si je lui faisais peur avec ma bouche sèche, ma sueur sacrée, ma pâleur mortelle, vitale?
Alors, qu'est-ce que je fais? Je me tue? Je l'avale, ma plume?
Je la plante dans le cul somptueux de ma passion néfaste?
Et puis un jeudi, je me suis dit: je lui dis.
Les poumons du printemps exhalaient leur première haleine de peste paradisiaque.
J'ai précipité mon pas, j'ai tendu ma main vers la tête frisée...
Au moment où j'allais l'atteindre, sur ma propre épaule, une pesante main s'est abattue.
Je me retourne, ils étaient deux, ils empestaient le barreau: "Suivez-nous."

Le commissariat.
Vous connaissez les commissariats?
Les flics qui tapent le carton dans de la gauloise, du sandwich...
Une couche de tabac, une couche de passage à tabac.
Le commissaire était bon enfant, il ne roulait pas les mécaniques, il roulait les r:
"Asseyez-vous. Il me semble déjà vous avoir vu quelque part, vous.
Alors comme ça, on suit les petites filles?
- Quitte à passer pour un détraqué, je vais vous expliquer, monsieur, la véritable raison qui m'a fait m'approcher de cette enfant.
Je sors ma plume et j'y vais de mon couplet nocturne et miraculeux.
- Fanny, j'en suis certain, m'aurait cru. Les assassins, les polices, notre séculaire tennis de coups durs, tout ça, c'était fini, envolé!
- Voyons l'objet, me dit le commissaire.
D'entre mes doigts tremblants il saisit la plume sainte et la fait techniquement rouler devant un sourcil bonhomme.
- C'est de l'oie, ça..., me dit-il, je m'y connais, je suis du Périgord.
- Monsieur, ce n'est pas de l'oie, c'est de l'ange, vous dis-je!
- Calmez-vous! Calmez-vous! Mais vous avouerez tout de même qu'une telle affirmation exige d'être appuyée par un minimum d'en quête, à défaut de preuve.
Vous allez patienter un instant. On va s'occuper de vous. Gentiment hein? gentiment."

On s'est occupé de moi, gentiment.
Entre deux électrochocs, je me balade dans le parc de la clinique psychiatrique où l'on m'héberge depuis un mois.
Parmi les divers siphonnés qui s'ébattent ou s'abattent sur les aimables gazons, il est un être qui me fascine.
C'est un vieil homme, très beau, il se tient toujours immobile dans une allée du parc devant un cèdre du Liban.
Parfois, il étend lentement les bras et semble psalmodier un texte secret, sacré.
J'ai fini par m'approcher de lui, par lui adresser la parole.
Aujourd'hui, nous sommes amis. C'est un type surprenant, un savant, un poète.
Vous dire qu'il sait tout, a tout appris, senti, perçu, percé, c'est peu dire.
De sa barbe massive, un peu verte, aux poils épais et tordus le verbe sort, calme et fruité, abreuvant un récit où toutes les mystiques, les métaphysiques, les philosophies s'unissent, se rassemblent pour se ressembler dans le puits étoilé de sa mémoire.

Dans ce puits de jouvence intellectuelle, sot, je descends, seau débordant de l'eau fraîche et limpide de l'intelligence alliée à l'amour, je remonte.
Parfois il me contemple en souriant. Des plis de sa robe de bure, ils sort des noix, de grosses noix qu'il brise d'un seul coup dans sa paume, crac! pour me les offrir.

Un jour où il me parle d'ornithologie comparée entre Olivier Messiaen et Charlie Parker, je ne l'écoute plus.
Un grand silence se fait en moi.
Mais cet homme dont l'ange t'a parlé, cet homme introuvable qui peut croire à ta plume, eh bien, oui, c'est lui, il est là, devant toi!
Sans hésiter, je sors la plume.
Les yeux mordorés lancent une étincelle.
Il examine la plume avec une acuité qui me fait frémir de la tête aux pieds.
"Quel magnifique spécimen de plume d'ange, vous avez là, mon ami.
- Alors vous me croyez? vous le savez!
- Bien sûr, je vous crois. Le tuyau légèrement cannelé, la nacrure des barbes, on ne peut s'y méprendre.
Je puis même ajouter qu'il s'agit d'une penne d'Angélus Maliciosus.
- Mais alors! Puisqu'il est dit qu'un homme me croyant, le monde est sauvé...
- Je vous arrête, ami. Je ne suis pas un homme.
- Vous n'êtes pas un homme?
- Nullement, je suis un noyer.
- Vous êtes noyé?
- Non. Je suis un noyer. L'arbre. Je suis un arbre."

Il y eut un frisson de l'air.
Se détachant de la cime du grand cèdre, un oiseau est venu se poser sur l'épaule du vieillard et je crus reconnaître, miniaturisé, l'ange malicieux qui m'avait visité.
Tous les trois, l'oiseau, le vieil homme et moi, nous avons ri, nous avons ri longtemps, longtemps...
Le fou rire, quoi!

Pour retrouver d'autres chansons de Claude Nougaro dans la playlist d'eMmA, cliquez sur le titre d’une note :

La cerise sur le gâteau

La Serrure

Plume d'Ange

L'objectif N&B du collage dominical #6  


Site des Amis de Claude Nougaro : link

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Robert 08/12/2010 11:53



Superbe !



eMmA 08/12/2010 20:45



Le texte de Claude Nougaro ?


Oui, c'est vrai, il est superbe..


Merci pour votre passage, Robert.


eMmA



L'Autre! 05/12/2010 14:54



c'est mignon tout plein, pas de prise de bec, juste un ptit bec attendrissant dans ce beau décor.


bisous ...



eMmA 05/12/2010 16:16



Oui, c'est un peu angélique comme image.


Du coup, je vais mettre en ligne mon ange dominical...


Bises d'eMmA



lenez o vent 30/11/2010 21:11



magie de la ,neige !


merci à vous


bisous emma



eMmA 30/11/2010 22:40



Elle est bien précoce, cette année...


A bientôt Le Nez,


eMmA



nono 30/11/2010 07:45



Non je l'ai su que le lendemain c'est à dire hier.


C'était du côté Mont Dore et moi j'étais côté Super Besse.


BonNe journée eMmA.



eMmA 30/11/2010 07:50



Alors fais bien attention à toi...


Bonne journée,


eMmA



nono 29/11/2010 22:26



Merci 


Hier de l'autre face où je me trouvais il y a une femme qui a dévissée et a fait un grosse chute


Bonne soirée


Nono



eMmA 30/11/2010 07:41



As-tu pu l'aider ?



nono 29/11/2010 21:39



Chez moi il n'y a pas de neige elle a fondue mais je monte dans le sancy et je mets les raquettes car le cumul de neige est important.


Bonne soirée eMmA.


Nono



eMmA 29/11/2010 22:21



Sois prudent, alors !


@+,


eMmA



nono 29/11/2010 11:15



Bonjour eMmA?


iL Y A BEAUCOUP DE NEIGE !!!


Les coqs en perdent la tête 


Bonne journée.


Nono



eMmA 29/11/2010 20:57



Chez toi, ça doit même être pire qu'en Suisse, non ? Tu prends des raquettes pour tes randos ?


Bonne soirée,


eMmA



valentine 29/11/2010 11:11



Bonjour Emma,


Mes poulettes te remercient de les mettre si joliment à l'honneur! A l'heure qu'il est, le niveau de la neige a encore augmenté, nous n'allons pas tarder à sortir les raquettes!


Bonne semaine à toi et gros bisous



eMmA 29/11/2010 20:56



Pauvres petites bêtes avec leurs pattes gelées sur ta terrasse...


A Paris, le niveau de neige est encore plus que raisonnable pour le moment.


Je t'embrasse, chère Valentine.


eMmA



solyzaan 28/11/2010 10:31



ce qu'elle est joi cette photo, une invitation dans le monde des fééries


Bon dimanche et gros bisous



eMmA 28/11/2010 10:49



Oui, je crois que la saison des bonnes fées, de la magie, du merveilleux, de la générosité, est ouverte. Quelle joie !


Je te souhaite un très beau diMAnche,


eMmA



Danielle 27/11/2010 21:26



Cette photo est très belle sur fond de neige. Il semble que le voyage leur ait fait le plus grand bien et que leurs plumes soient intactes, puis se becoter les pattes dans le froid réchauffe le
coeur ! Enfin, il parait ! Du très  beau travail eMmA. Bisous et bon dimanche. Danielle



eMmA 27/11/2010 21:31



Non, non, Danielle, ce n'est pas moi qui ai réalisé ces jolies poulettes.


C'est Valentine, qui à la reception de "Un Ange sur ta route" (voir en cliquant sur ce pictogramme ) m'a envoyé la photo de ce
qu'elle voyait sur sa terrasse en Suisse).


Je ne suis quand même pas si douée....


Je t'embrasse.


Bonne soirée,


eMmA


 



kasimir 27/11/2010 21:13



oh que ce coq et cette poule ont l'air de bien s'aimer


souhaitons leur de belles noces de papier



eMmA 27/11/2010 21:14



Pourquoi de papier ?



gazou 27/11/2010 16:00



La neige ne semble pas les avoir trop engourdies, ces deux-là ! Elles sont bien mignonnes!



eMmA 27/11/2010 16:12



Je crains beaucoup pour les oeufs... Bien que des oeufs en gelée ne soient pas trop mauvais...



anti 27/11/2010 12:03



Jolie photo et magnifique texte de Nougaro que j'écoute toujours avec un plaisir... un plaisir... un plaisir... qui ne supporte aucun adjectif !


 


Bon week-end,


anti



eMmA 27/11/2010 14:13



...un plaisir toujours renouvleé, pour ma part !


Bon week-end,


eMmA



Littorine 27/11/2010 07:31



Contente pour vous deux ! la phot est très belle...aurons nous de la neige comme prévu ? Il faut que je traverse le Finistère...je risque d'avoir des surprises... Je t'embrasse bon W.E



eMmA 27/11/2010 08:10



Tu nous rapporteras sans doute de jolies photos...


Passe un bon week-end et un grand merci pour ta jolie carte et son clafoutis. Elle s'en va directement dans mon prochain livre comme marque-page.


Des bises d'eMmA



télos 27/11/2010 06:57



se bécoter dans la neige..hummm!



eMmA 27/11/2010 08:07



Je vois la connaisseuse....