13 Juin 2026
Je viens de lire un magnifique OVNI d'édition, Les seize portes, publié par la maison Au Crayon qui tue, éditeur.
L'auteur est Olivier Salon, l'illustratrice est Fanny M.
Dès que j'ai eu connaissance de sa publication, je l'ai commandé à Fanny dont j'avais fait la connaissance il y a huit ans grâce à Twitter devenu "X" (dont je ne suis plus membre aujourd'hui).
Je me souviens qu'il y a sept ans, elle était venue jusqu'à moi en Vendée pour visiter mon micro atelier de collages.
Sa bienveillance, sa discrétion et sa gentillesse m'avaient marquée, aussi, je tenais beaucoup à sa dédicace pour son premier livre...
Ce fut une joie de recevoir mon paquet préparé avec délicatesse et grand soin, livré par porteur spécial "Petit Prince express".
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J'ai la chance de détenir le numéro 15...
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Ce petit livre façonné à la main, au format à l'italienne avec deux grands rabats de couverture, est une œuvre d'art à part entière, tant par sa conception, sa mise en page, la qualité de la reproduction des dessins, la typographie sobre et élégante et la douce beauté du papier utilisé.
C'est un très beau travail d'édition auquel je suis très sensible. Il magnifie le travail des artistes.
Faut-il le dire ? cela me fait rêver...
Lorsqu'on ouvre Les seize portes, les dessins de Fanny M. au crayon graphite nous offrent des images en noir et blanc, mystérieuses et douces, admirablement mises en scène en pleine page à la droite des courts textes d'Olivier Salon, imprimés à gauche.
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Les textes-tableaux, numérotés de 1 à 16, s'enchaînent comme un long poème, nous embarquant dans un conte initiatique, guidés par les jeunes Alice et Tom vers des lieux qu'ils découvrent, dedans, dessous, dessus, au-delà, se frottant à l'air, le feu, l'eau, la terre, les éthers...
Dès l'entrée du conte, nous cheminons avec Tom, petit écolier "penché sur son écritoire"*, et nous voici plongés dans un monde onirique qui vient titiller nos mémoires d'enfance.
(...) Ils nageaient au milieu des poissons et déposèrent un anthurium, le deuxième de leur bouquet au fond d'une anfractuosité de roche. (...)
(...) le feu menaçait, les enfants avaient peur, le feu se rapprochait à l'intérieur du manoir (...)
J'ai toujours beaucoup aimé les clés. Il fut même une époque où je portais une petite clé d'or autour du cou...
J'ignore pour quelle raison une clé me fait rêver à tous les possibles. En fait je l'associe à une sorte de talisman doté de pouvoirs enchanteurs.
Les jolies clés ouvragées de ce livre n'entrent pas dans toutes les serrures, mais elles savent guider vers la clairvoyance, alors que peu à peu Alice et Tom grandissent.
J'aime aussi les portes (pensez, ici il y en a seize avec chacune leur rôle !).
Alice et Tom les rencontrent, celles qui s'ouvrent et même celles qui se ferment, celles qui sont grand ouvertes et se franchissent facilement sans même avoir besoin de frapper, celles aussi qu'il faut oser forcer pour passer de l'autre côté vers un monde inconnu qui transforme.
Derrière une porte, là aussi, tous les rêves sont à attraper avec ou sans clé !
On retrouve tout cela dans le livre, mais je ne veux pas dévoiler le contenu des aventures des deux héros.
A l'instar des petits, il est bon de ne pas oublier d'offrir un peu de soi en cadeau après chaque étape...
Je n'ai certainement pas trouvé toutes les clés qui ouvrent ces seize portes de l'imaginaire, de la conscience et de la Vie, les mystères de l'autre dimension, ni même perçu toutes les références cachées au fil des pages, mais j'ai aimé croiser le miroir d'Alice au Pays des merveilles qui nous observe et nous fait réfléchir, quelques amis marins de Pinocchio, la formule magique de l'une des mille et une nuits du célèbre conte du temps qui passe ou que l'on retient, le désert du Petit Prince et des fleurs cousines de sa rose...
Pour cette photo, n'ayant pas d'anthuriums dans mon jardin, le tout dernier arum, certes fatigué, déploie son pouvoir pour vous séduire... quand même.
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Je ne peux pas finir sans évoquer avec cette chanson d'Yves Duteil, mais sans toutefois dévoiler la fin du livre, cet écolier qui devant son cahier perce les mystères à la fois de la Connaissance et de l'Imagination.
Merci à tous les professeurs qui nous ont fait nager, année après année, dans un océan couleur violette !
* L’Ecritoire (1974)
Paroles et Musique Yves Duteil
« Cette chanson, pour moi, restera toujours un tableau, en clair-obscur, la silhouette du jeune homme à l'écritoire, dont nul ne sait ce qu'il écrit, devant sa fenêtre, sans regarder dehors, un peu Nostradamus, un peu Léonard de Vinci, figé dans sa vocation : rêver pour les autres. » Y.D.
Le jeune homme écrivait, penché sur l'écritoire
Éclairé de la rue par une aurore avare
Et les mots se suivaient comme le fil des ans
Sans jamais s'arrêter un instant
Le jeune homme écrivait, penché sur sa mémoire
Le visage éclairé d'une lueur d'espoir
Et les mots se posaient comme font les flamants
Sans jamais hésiter un instant
Et les mots se posaient comme font les flamants
Sans jamais hésiter un instant
Et le monde tournait pourtant
Et le monde tournait pourtant...
Le bonhomme écrivait, penché sur l'écritoire
Le soleil en tombant desséchait l'encre noire
Mais les phrases coulaient comme autant de torrents
Sans jamais se tarir un instant
Le bonhomme écrivait, penché sur son histoire
Ses rêves d'autres vies, ses rêves d'autres gloires
Et les mots racontaient le fil d'un autre temps
Dans sa tête et sur le papier blanc
Et les mots racontaient le fil d'un autre temps
Sans jamais se tromper d'un instant
Et le monde tournait pourtant
Et le monde tournait pourtant...
Le vieil homme écoutait, courbé sur son grimoire
Le regard fatigué dans la pâleur du soir
Mais les mots se taisaient comme font les tourments
Sans jamais disparaître vraiment
Puis enfin il dormait, tombé sur l'écritoire
Éclairé de la rue par une aurore avare
Et les mots s'envolaient comme font les flamants
De sa tête et de son papier blanc
Et les mots s'envolaient comme font les flamants
Sans qu'il sache ni pour qui ni pour quand...
Et le monde tournait pourtant
Et le monde tournait pourtant...
Et puis aussi, Apprendre
Paroles et musique, Yves Duteil
Extrait de l'album Sans Attendre (Editions de l'Ecritoire, 2001)
Sous le soleil la terre se fend
Pour cet homme et pour son enfant,
Après le puits qu'il faut creuser
Il reste un sillon à tracer...
Sans attendre...
Apprendre ...
À lire, à écrire, à compter
Ouvrir les portes encore fermées
Sur ce savoir accumulé
Qu'on lui en donne un jour la clé
Il a le monde à sa portée...
Lire...
Apprendre à lire entre les lignes
Découvrir la magie des signes
Et les trésors inépuisables
Qu'on emporte dans son cartable
Comprendre...
C'est comme un mur que l'on traverse
C'est la brume qui se disperse
Une promesse encore plus belle
La connaissance universelle
Compter...
Apprendre à compter sur soi-même
À compter pour ceux qui vous aiment
Pour faire aussi partie du nombre
Pouvoir enfin sortir de l'ombre
Comprendre...
Combien la vie peut être belle
Et se mettre à compter pour elle
Faire la somme de sa différence
Et se soustraire à l'ignorance
Écrire...
Apprendre à écrire son histoire
À la plume et au crayon noir
En appliquant son écriture
Raconter sa propre aventure...
Surprendre...
Cueillir ses mots comme des fleurs
Semer des graines au long des cœurs
Confier son âme et sa mémoire
A celui qui viendra plus tard
Pour cet enfant à son pupitre
Tirer la langue sur le titre
Écrire son nom sur son cahier
C'est plonger vers sa liberté.
Un grand bravo aux artistes qui se sont associés avec subtilité pour la création de ce petit joyau, auteur, illustratrice et éditeur !
A bientôt pour d'autres lectures,
eMmA MessanA