15 Juin 2026
L'éternité est pour la vie ce qu'est l'océan pour les fleuves
Cette année, je ne participais pas à la 3e édition de Milcendeau se livre, Festival du livre et des arts de Soullans (Vendée) en tant qu'auteure comme j'ai pu le faire pour la première et deuxième édition.
Toutefois, je m'y suis rendue ce dimanche 14 juin 2026 en tant que visiteuse car je porte une affection toute particulière à ce salon à taille humaine, où l'on ressent calme et sérénité dans les jardins du Musée Charles Milcendeau.
Je ne vais pas faire un compte rendu de ma visite, mais je souhaite juste mettre en avant le livre que Benjamin Barouh y présentait, Pierre Barouh - On n'arrête pas une chanson - Chansons et poèmes inédits 1950-1999.
Comme on se le souhaite souvent lorsqu'en tant qu'auteur on participe à des journées de dédicaces, ce fut une "belle rencontre" !
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Ce recueil a été publié par la maison d'édition Le Bord de l'Eau, dans la collection le miroir aux chansons, dirigée par Jean-Paul Liégeois : « Éditer, dit-il, c’est s’inscrire en faux contre l’ignorance et l’oubli. Je publie des œuvres pour qu’elles soient en permanence accessibles à tous, pour qu’elles restent gravées dans la mémoire collective, génération après génération. Et pour qu’elles nous aident à vivre. »
Et c'est bien l'ambition de Benjamin Barouh, que de perpétuer cette mémoire en présentant une anthologie de textes inédits de son père, Pierre Barouh (1934-2016).
Pierre Barouh, on ne le présente plus bien sûr, mais voici un petit rappel, rien que pour vous :
Auteur-compositeur-interprète, il a signé les paroles de plus de 200 chansons, souvent avec son complice compositeur, Francis Lai.
Parmi ses plus célèbres, Un Homme et Une Femme (Chabadabada), Des Ronds dans l'Eau (Françoise Hardy), La Bicyclette (Yves Montand), Samba Saravah...
Il a écrit pour Dalida, Valéry Lagrange, Marie Laforêt, Sacha Distel, Isabelle Aubret...
Producteur, cinéaste, acteur, il a notamment interprété le rôle de Pierre Gauthier, le mari d'Anne, dans le film de Claude Lelouch, Un homme et une femme, Palme d'Or à Cannes en 1966, Oscar du meilleur film étranger en 1967 et Oscar du meilleur scénario original.
Créateur du label de musique Saravah en 1965. Il a été l'un des pionniers de la publication de ce qu'on appelle à présent la world music. C'est le plus ancien label français toujours en activité. Il a produit notamment, excusez du peu, Jacques Higelin, Maurane, Brigitte Fontaine, Areski Belkacem, Jean-Roger Caussimon, Allain Leprest, David McNeil, Bïa...
Bon, je m'arrête là... respect total !
Revenons au livre de Benjamin Barouh, Pierre Barouh - On n'arrête pas une chanson - Chansons et poèmes inédits 1950-1999.
Benjamin Barouh est le biographe de son père. Il mène une recherche à la fois sur le parcours d'auteur de son père, et sur la portée du label Saravah.
La merveilleuse et tendre préface du livre est signée par Claude Lelouch dont il dit que Samba Saravah était sa "manière de fredonner la vie."
Cette préface exprime la forte et fidèle amitié qui les liait, ainsi que l'admiration réciproque qu'ils se portaient.
Pierre Barouh et moi, c'est une amitié qui a traversé le temps, les silences et les retrouvailles. C'est aussi un homme que je n'ai jamais réussi à remplacer. Il a été un frère, un ami, un artiste hors du commun. (...)
(...) Pierre avait l'âme d'un passeur, mettant en lumière ceux qu'il aimait, révélant des artistes, des voix, des talents.
Parmi ses archives personnelles, celles de sa mère et sa grand-mère, Benjamin Barouh a exploré des manuscrits inédits de son père (poèmes, chansons, écrits...), les a minutieusement compilés puis classés.
Pierre Barouh écrivait de façon frénétique, utilisant toute la surface des supports qui lui tombaient sous la main. C'est dire tout le matériau que son fils a dû consulter pour n'extraire que ce qui lui a paru essentiel pour révéler les mots de ce "tisserand à l'ouvrage sur plusieurs fuseaux produisant simultanément différents fils" qui vont de la chanson inachevée au poème intime !
Ainsi, de fil en aiguille, le livre est structuré en quatre grands thèmes :
- le fil rouge de "l'écriture en mouvement"
- le fil vert des transformations "d'un rêve à l'autre"
- le fil bleu "de l'amour"
- la couleur indéterminée, voile de pudeur derrière lequel sont cachées les merveilles
Tels sont les quatre thèmes qui articulent ce recueil de papiers volants : une sélection de 90 poèmes et chansons retrouvés, presque tous écrits entre 1950 et 1965. J'ai eu le souci de les retranscrire le plus fidèlement possible, en respectant leur respiration.
Je ne me permettrai pas de rédiger une critique de ce livre car je l'ai souvent dit ici, je n'ai ni la compétence, ni l'audace d'un critique littéraire.
Comme à chaque fois, je veux juste transmettre ce que j'ai pu ressentir durant cette lecture, combien j'ai eu de plaisir à lire ce recueil.
Sachant dans quel esprit ce livre a été imaginé par Benjamin Barouh pour perpétuer la mémoire de son père, j'ai lu avec respect et aussi beaucoup de curiosité ces textes publiés pour la première fois et de façon posthume.
C'est une drôle de sensation faite d'admiration et de reconnaissance.
C'est comme si j'assistais, comme une petite souris, à l'écriture de ces vers, comme si Pierre Barouh était là, bien vivant en train de les écrire.
Ils sont à la fois empreints d'un temps passé, puisqu'on connait la période à laquelle ils ont été écrits, et à la fois je les trouve extrêmement contemporains. C'est sans doute la preuve de leur intemporalité et d'ailleurs, c'est à cela que l'on reconnaît les meilleures chansons.
J'ai été très sensible à la musicalité (forcément!) des vers. J'ai même eu l'envie d'en dire certains à haute voix.
L'écriture est fluide, les mots sont simples. Mais à chaque fois, la profondeur est là, au détour d'une image, aux vers qui se répondent et s'embrassent doucement.
J'ai aimé que soient reproduites les photos de quelques écrits (une mention spéciale pour la page d'amour écrite sur une pub pour le soda "Amourette").
Parmi les quatre thèmes, je ne peux pas choisir où ma préférence pourrait s'attarder. Celle-ci batifole vers l'un, puis vers l'autre.
Tous m'ont cueillie, surtout peut-être les plus empreints de nostalgie, sorte de saudade, pour les circassiens, pour l'amour d'une femme, pour les jours qui coulent dans le sablier de la vie...
Je te dirai merci
Lorsque j'aurai perdu
L'espoir de te reprendre,
Quand toutes nos vertus
Ne seront plus que cendre,
Quand j'aurai l'assurance
Que tout est bien fini,
Quand j'aurai ma souffrance
Pour seule compagnie,
Je te dirai : "Merci"!
Merci pour la passion
Que tu m'as fait connaître,
Pour les mille frissons
Qui ont secoué mon être,
Pour la folle tendresse
Qui renversait souvent
Les écueils qui se dressent
Devant tous les amants.
Quand j'aurai tout tenté
Pour renouer nos charmes,
Lorsqu'il sera prouvé
Que mes larmes sont vaines,
Quand mes dernières forces
Auront quitté mon cœur
Ne laissant qu'une écorce
Entourant de la peur,
Je te dirai : "Merci !"
Merci d'avoir aimé l'amour
A travers moi...
Non, non, je n'ai pas fait de selfie, ce n'est pas le genre de la maison, ni, je l'imagine, celui de Benjamin Barouh !
Je le remercie vivement pour sa disponibilité hier et pour la façon simple et naturelle avec laquelle il nous a présenté son livre.
Il exposait aux côtés de Nadia Szczepara, sa compagne artiste-peintre avec laquelle une association a été créée pour faire vivre le domaine hérité par son père, La Morvient dans le bocage vendéen .
Vous pouvez découvrir ses œuvres sur son site : ici
Pour accompagner et prolonger la sortie du livre, Nadia et Benjamin ont conçu l'exposition itinérante "Les Papiers Volants de Pierre Barouh".
Nous avons un peu évoqué l'ami Yves Duteil que dans un coin de ma tête j'associais à Pierre Barouh, mais je ne me souvenais pas pourquoi. Peut-être est-ce lié à ce duo avec Bïa ?
Amoureux de la chanson et de la poésie, je vous conseille chaleureusement la lecture de ce livre, car oui, c'est sûr, on n'arrête pas une chanson...
A bientôt pour d'autres moments de lecture,
eMmA
Yves Duteil, Vivre Sans Vivre (en duo avec la chanteuse brésilienne Bïa)
Adaptation de Samba Em Preludio de Baden Powell (musique) et Vinicius de Moraes (paroles)
Paroles françaises, Yves Duteil
Extrait de l'album Sans Attendre...
La vie sans toi
Le cœur à l'envers
C'est l'eau sans la mer
C'est froid comme l'hiver
C'est long comme la nuit
C'est lourd comme l'ennui
La nuit sans l'aurore
C'est long comme la mort
La vie sans toi
Vers qui et vers quoi
Le sol sous mes pas
Se dérobera
Tout seul sur la Terre
Le cœur en enfer
Dieu me garde de vivre un seul jour
Sans toi
Vivre Sans Vivre
Moi qui n'ai jamais su marcher
Que pour te suivre
Ivre de vivre
Pour respirer l'air que tu respires
Laisser parler nos cœurs sans rien dire
Vivre ou survivre
Sans plus jamais trouver dans tes yeux
La fin du livre
Vivre Sans Vivre
Dieu me garde de vivre un seul jour
Sans toi