11 Mars 2026
Je me souviens toujours des gens qui m'ont aidée...
Géraldine Smith a été l'une des premières personnes à avoir participé à la campagne de préventes de mon dernier album L’étoile de Grand-mère.
Grâce à elle, mon modeste album jeunesse avait bénéficié d'une certaine visibilité.
En fait, je suis Géraldine Smith sur Facebook depuis quelques années grâce au groupe qu'elle a créé. Il s'appelle "ça reste entre nous" car il est invisible pour ceux qui n'en sont pas membres (1200 personnes, quand même...).
Il y est question "de la vie après 40 ans. Comment s’adapter à un corps qui change? Comment se sentir bien, ou mieux, physiquement et mentalement ? Mieux (ou encore mieux) manger pour se faire plaisir tout en évitant le "muffin top", modifier sa routine sportive, découvrir ce que d’autres font et qui marche (ou pas!)… Ici, on parle (en français et en anglais) cuisine et alimentation (beaucoup), mais aussi, environnement, livres, ménopause, arts, yoga, insomnie et business…"
Aussi, vous l'imaginez bien, lorsque Géraldine nous a appris qu'elle était folle de joie parce qu'à l'âge de 60 ans, elle sortait son premier roman, je ne pouvais que répondre présente avec grand plaisir !
Je viens donc de terminer le livre de Géraldine Smith, Le Banc, à la très jolie couverture, édité chez Albin Michel.
C'est une enquête de police dirigée par Moussa Mballo, teintée d'un humour légèrement caustique, autour du regard que notre société pose sur le vieillissement et la fin de vie.
Le point de départ est le décès de Georges Mucat, 95 ans, qui un matin est retrouvé mort dans son lit par son auxiliaire de vie Mariola, en pleurs.
Dès les premières pages, nous apprenons qu'il pourrait s'agir d'un meurtre...
Puis, l'auteure emmène ses lecteurs vers les quelques mois qui ont précédé ce décès, à la rencontre de personnages qui, on le sent, sont traités avec une grande tendresse.
Nous découvrons que le nonagénaire était le plus âgé d'un trio d'amis avec Marcel et Jean-Marc.
Ils avaient pour habitude de deviser tous les jours sur un banc devant leur résidence, Les merles bleus, dont Alain, le gardien surnommé Le Shérif, entretient de belles relation avec eux en cultivant l'entraide et la solidarité.
Leurs sujets de discussions tournent autour du temps présent, le grand âge mais aussi des souvenirs de leur jeunesse qu'ils convoquent dans toute sa fraîcheur demeurée intacte.
Petit à petit, autour de ce véritable personnage central représenté par le banc, d'autres protagonistes viennent compléter la vie de Georges, comme Chantal sa lectrice, Claudia son épouse morte il y a peu en emportant un lourd secret, leurs enfants Isabelle et Paul dont l'existence n'est pas aussi lisse qu'ils se l'imaginent, Abdel le gérant de la baraque à frites, Angélique l'amie d'Alain et Inès la jeune fille aux cheveux verts, aux bas résilles et Doc Marteens.
Ce dernier personnage m'a d'ailleurs beaucoup plu. De rebelle à tout, elle se prendra d'affection pour le vieil homme et cheminera vers le désir de devenir auxiliaire de vie après avoir côtoyé Georges et ses amis.
Depuis qu'ils sont ensemble, et à force de discussions passionnées, la première a considérablement adouci ses positions sur les étrangers. Mais selon les jours, la petite est anar, zadiste ou pro-Greta Thunberg. Alain l'a intérieurement classée comme "casse-couilliste", mais il a décidé de garder ça pour lui. Il trouve très énervante cette mode de vouloir changer le monde depuis son smartphone, d'autant que la seule fois où il a vraiment essayé de parler politique avec Inès, elle l'a traité de "vieux réac machiste". Vieux réac, ça ne le gêne pas trop, on devient forcément le "réac" des jeunes. Mais machiste ?
Le ton du roman est drôle et enjoué, mais sans concession.
Le récit ponctué par des blagues que le personnage d'Alain débite permet de souffler et de mieux faire passer la réalité.
Imaginez, les personnes âgées sont parfois irrévérencieusement, mais gentiment, nommées des "PPH" (Passera-pas-l'hiver) ou des "Tamalou" !
J'ai apprécié ce roman qui semble a priori nous raconter une histoire légère entre amitié, famille et souvenirs, mais où derrière la pudeur des sentiments ou la drôlerie de certaines scènes, se dévoile en filigrane la dure réalité des questionnements qui immanquablement viendront nous titiller un jour ou l'autre.
L'épilogue du roman et la résolution de l'enquête en sont la preuve...
Il y a vieux et vieux : 75 ans, 85 ans ou 95 ans, ce n'est pas du tout la même chose. Les exceptions montées en tête d'épingle - ces petites grands-mères malicieuses filmées bien apprêtées, ces maîtres penseurs octogénaires qui parlent comme un livre ouvert de "la" vieillesse - troublent la perception du grand âge. Même dans leur cas, que sait-on de l'intimité des Clint Eastwood, des Edgar Morin, des Harry Belafonte, des Iris Apfel ? A 95 ans, et parfois bien avant, pour le commun des mortels, le simple fait de respirer fatigue, les organes ne fonctionnent que par intermittence, le sphincter lâche, la mémoire-tampon est une passoire. Corps et esprit sombrent, pas toujours à la même vitesse mais sans rémission possible. Ca, c'est la réalité.
J'ai été touchée bien au-delà de ce que j'avais imaginé, notamment lors de l'évocation du poudrier Guerlain qui m'a rappelé le flacon de parfum N°19 de maman, et aussi surtout à cause de la scène finale qui a trouvé un véritable écho en moi, mais que je ne vous dévoilerai pas...
Il est grand temps de trier, de faire place nette. Allons-y ! Elle renverse tout sur le parquet, approche une corbeille à papier, commence à faire des piles. Elle pose de côté de petits objets anciens, une broche, un porte-rouge à lèvres en or, une montre pendentif, une autre médaille miraculeuse de la rue du Bac. Il y a aussi un poudrier Guerlain qu'elle se souvient avoir toujours vu dans le sac de sa mère et dont elle n'avait jamais remarqué qu'un jour il n'y était plus. Petite, elle l'ouvrait pour respirer le parfum de la poudre. Elle hésite - pourquoi se faire mal ?-, puis l'ouvre et l'odeur est là, inchangée, imbibant le coussinet destiné à tapoter les pommettes. Son cœur explose...
Petit bonus en lien avec la citation indiquée en incipit du roman, le poète gallois Dylan Thomas dit son poème Do not go gentle into that good night :
By the way, j'ai toujours été fascinée par les bancs... Je les regroupe dans ce blog ici
A bientôt pour d'autres lectures.
eMmA MessanA