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Géraldine Smith, Le Banc

© eMmA MessanA
𝑳𝒆 𝑩𝒂𝒏𝒄 de Géraldine Smith aux éditions Albin Michel. Roman posé sur le banc que mon père avait fabriqué à Perpignan et qui à présent nous accompagne dans le jardin de Saint-Urbain (Vendée).

 

   Je me souviens toujours des gens qui m'ont aidée...
Géraldine Smith a été l'une des premières personnes à avoir participé à la campagne de préventes de mon dernier album L’étoile de Grand-mère.
Grâce à elle, mon modeste album jeunesse avait bénéficié d'une certaine visibilité. 

   En fait, je suis Géraldine Smith sur Facebook depuis quelques années grâce au groupe qu'elle a créé. Il s'appelle "ça reste entre nous" car il est invisible pour ceux qui n'en sont pas membres (1200 personnes, quand même...).
   Il y est question "de la vie après 40 ans. Comment s’adapter à un corps qui change? Comment se sentir bien, ou mieux, physiquement et mentalement ? Mieux (ou encore mieux) manger pour se faire plaisir tout en évitant le "muffin top", modifier sa routine sportive, découvrir ce que d’autres font et qui marche (ou pas!)… Ici, on parle (en français et en anglais) cuisine et alimentation (beaucoup), mais aussi, environnement, livres, ménopause, arts, yoga, insomnie et business…"

   Aussi, vous l'imaginez bien, lorsque Géraldine nous a appris qu'elle était folle de joie parce qu'à l'âge de 60 ans, elle sortait son premier roman, je ne pouvais que répondre présente avec grand plaisir !

   Je viens donc de terminer le livre de Géraldine Smith, Le Banc, à la très jolie couverture, édité chez Albin Michel.

   C'est une enquête de police dirigée par Moussa Mballo, teintée d'un humour légèrement caustique, autour du regard que notre société pose sur le vieillissement et la fin de vie

   Le point de départ est le décès de Georges Mucat, 95 ans, qui un matin est retrouvé mort dans son lit par son auxiliaire de vie Mariola, en pleurs. 
Dès les premières pages, nous apprenons qu'il pourrait s'agir d'un meurtre...

   Puis, l'auteure emmène ses lecteurs vers les quelques mois qui ont précédé ce décès, à la rencontre de personnages qui, on le sent, sont traités avec une grande tendresse. 

Nous découvrons que le nonagénaire était le plus âgé d'un trio d'amis avec Marcel et Jean-Marc. 
Ils avaient pour habitude de deviser tous les jours sur un banc devant leur résidence, Les merles bleus, dont Alain, le gardien surnommé Le Shérif, entretient de belles relation avec eux en cultivant l'entraide et la solidarité.

   Leurs sujets de discussions tournent autour du temps présent, le grand âge mais aussi des souvenirs de leur jeunesse qu'ils convoquent dans toute sa fraîcheur demeurée intacte.

   Petit à petit, autour de ce véritable personnage central représenté par le banc, d'autres protagonistes viennent compléter la vie de Georges, comme Chantal sa lectrice, Claudia son épouse morte il y a peu en emportant un lourd secret, leurs enfants Isabelle et Paul dont l'existence n'est pas aussi lisse qu'ils se l'imaginent, Abdel le gérant de la baraque à frites, Angélique l'amie d'Alain et Inès la jeune fille aux cheveux verts, aux bas résilles et Doc Marteens.
Ce dernier personnage m'a d'ailleurs beaucoup plu. De rebelle à tout, elle se prendra d'affection pour le vieil homme et cheminera vers le désir de devenir auxiliaire de vie après avoir côtoyé Georges et ses amis.
   

Depuis qu'ils sont ensemble, et à force de discussions passionnées, la première a considérablement adouci ses positions sur les étrangers. Mais selon les jours, la petite est anar, zadiste ou pro-Greta Thunberg. Alain l'a intérieurement classée comme "casse-couilliste", mais il a décidé de garder ça pour lui. Il trouve très énervante cette mode de vouloir changer le monde depuis son smartphone, d'autant que la seule fois où il a vraiment essayé de parler politique avec Inès, elle l'a traité de "vieux réac machiste". Vieux réac, ça ne le gêne pas trop, on devient forcément le "réac" des jeunes. Mais machiste ?

Géraldine Smith (in 𝑳𝒆 𝑩𝒂𝒏𝒄 aux éditions Albin Michel, p. 210)

Le ton du roman est drôle et enjoué, mais sans concession.
Le récit ponctué par des blagues que le personnage d'Alain débite permet de souffler et de mieux faire passer la réalité.
Imaginez, les personnes âgées sont parfois irrévérencieusement, mais gentiment, nommées des "PPH" (Passera-pas-l'hiver) ou des "Tamalou" !

   J'ai apprécié ce roman qui semble a priori nous raconter une histoire légère entre amitié, famille et souvenirs, mais où derrière la pudeur des sentiments ou la drôlerie de certaines scènes, se dévoile en filigrane la dure réalité des questionnements qui immanquablement viendront nous titiller un jour ou l'autre. 
L'épilogue du roman et la résolution de l'enquête en sont la preuve...

Il y a vieux et vieux : 75 ans, 85 ans ou 95 ans, ce n'est pas du tout la même chose. Les exceptions montées en tête d'épingle - ces petites grands-mères malicieuses filmées bien apprêtées, ces maîtres penseurs octogénaires qui parlent comme un livre ouvert de "la" vieillesse - troublent la perception du grand âge. Même dans leur cas, que sait-on de l'intimité des Clint Eastwood, des Edgar Morin, des Harry Belafonte, des Iris Apfel ? A 95 ans, et parfois bien avant, pour le commun des mortels, le simple fait de respirer fatigue, les organes ne fonctionnent que par intermittence, le sphincter lâche, la mémoire-tampon est une passoire. Corps et esprit sombrent, pas toujours à la même vitesse mais sans rémission possible. Ca, c'est la réalité.

Géraldine Smith (in 𝑳𝒆 𝑩𝒂𝒏𝒄 aux éditions Albin Michel, p. 235)

    J'ai été touchée bien au-delà de ce que j'avais imaginé, notamment lors de l'évocation du poudrier Guerlain qui m'a rappelé le flacon de parfum N°19 de maman, et aussi surtout à cause de la scène finale qui a trouvé un véritable écho en moi, mais que je ne vous dévoilerai pas...

Il est grand temps de trier, de faire place nette. Allons-y ! Elle renverse tout sur le parquet, approche une corbeille à papier, commence à faire des piles. Elle pose de côté de petits objets anciens, une broche, un porte-rouge à lèvres en or, une montre pendentif, une autre médaille miraculeuse de la rue du Bac. Il y a aussi un poudrier Guerlain qu'elle se souvient avoir toujours vu dans le sac de sa mère et dont elle n'avait jamais remarqué qu'un jour il n'y était plus. Petite, elle l'ouvrait pour respirer le parfum de la poudre. Elle hésite - pourquoi se faire mal ?-, puis l'ouvre et l'odeur est là, inchangée, imbibant le coussinet destiné à tapoter les pommettes. Son cœur explose...

Géraldine Smith (in 𝑳𝒆 𝑩𝒂𝒏𝒄 aux éditions Albin Michel, pp. 86/87)

   Petit bonus en lien avec la citation indiquée en incipit du roman, le poète gallois Dylan Thomas dit son poème Do not go gentle into that good night  :

By the way, j'ai toujours été fascinée par les bancs... Je les regroupe dans ce blog ici

A bientôt pour d'autres lectures.
   eMmA MessanA

Géraldine Smith, Le Banc
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P
Nous aurions pu nous retrouver toutes les trois, avec Géraldine, sur ce banc pour échanger ! J’aime ta référence au parfum de ta maman. Le dernier flacon de Coco de la mienne est en bonne place sur ma commode et régulièrement je respire une bouffée de souvenirs.<br /> Je t’embrasse <br /> Anne
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E
Oh oui, Anne, comme cela aurait été agréable de papoter sur ce banc ! <br /> Nos souvenirs se rejoignent autour d'une maman adorée...<br /> A garder, à sublimer, à jamais...<br /> Je t'embrasse en te souhaitant une excellente soirée,<br /> eMmA
M
Le banc de ton papa est superbe et authentique et il sied parfaitement bien à ce roman et à cette autrice prometteuse que tu mets joliment en valeur aujourd'hui. Merci pour ces extraits choisis. Je ne suis pas sur les réseaux sociaux tu le sais mais j'ai déjà lu deux critiques sur ce livre écrites par deux blogueuses dont je suis depuis des années les parutions (une a arrêté son blog mais continue à publier sur Babelio et je crois que tu l'as connu sous le surnom de Mimi quand elle avait son blog/ Paroles sur Babelio) et Zazy qui a un blog mais publie moins qu'avant pour des raisons de santé. Il leur a été proposé lors de la Masse critique de février par Babelio. Elles ont écrit elles-aussi de bonnes critiques. Merci pour la tienne qui donne envie de découvrir cette écrivaine dont c'est le premier roman mais pas la première publication puisque je vois qu'elle était journaliste et a déjà publié des essais. Bisous et une belle fin de semaine
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E
Merci pour ta jolie remarque concernant le banc de mon papa. J'y tiens beaucoup, tu l'imagines...<br /> Je ne pense pas avoir connu les deux blogueuses auxquelles tu fais allusion, mais la blogosphère - même si elle a tendance à se réduire peu à peu - est tellement vaste. Moi-même, je ne publie plus autant qu'avant... <br /> Je pense à l'auteure, car tout à l'heure elle assurera sa première séance de dédicaces à la librairie Albin Michel à Paris.<br /> En effet, elle a déjà publié des essais et elle était Rédactrice en chef du magazine Epok (le magazine de la Fnac).<br /> Je te souhaite un bon week-end. Je t'embrasse Manou.<br />
C
merci pour cette belle mise en avant, j'avoue que je découvre cette belle personne. bises.celine
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L
Tu sais bien présenter tes lectures<br /> Tu donnes envie de le lire<br /> et tes fragments personnels un bonus<br /> Beau le banc de ton papa<br /> Belle journée<br /> Je t'embrasse
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E
Merci c'est adorable, mais moi je trouve toujours que les présentations de mes lectures sont incomplètes, jamais à la hauteur de ce que je ressens vraiment. En même temps, il vrai que je ne me prétends pas critique littéraire ;) <br /> J'aime juste partager mes coups de cœur !<br /> Merci d'avoir lu in extenso chère Armelle. Je te souhaite une excellente journée et je t'embrasse.<br />
D
Merci pour la présentation de ce livre . <br /> Très belle journée<br /> bises
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E
Avec joie, Danièle.<br /> Passe une excellente journée. Je t'embrasse.
V
Tout me plait! Le banc de ton papa au milieu des aromates, le thème de l'histoire qui me parle. La vieillesse est un territoire si enrichissant. Je vais passer commande de suite. Bises chère Emma.
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E
Ah Valentine, que j'aime ton enthousiasme !<br /> Tu vas te régaler avec cette lecture.<br /> je t'embrasse.
R
Merci
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E
Avec plaisir Rose !