28 Avril 2026
Les dalles de ma maison
Les dalles de ma maison sont encore empreintes de leurs pas,
ceux des pieds nus du petit,
minuscules pas qui peu à peu grandissent déjà,
ceux des chaussures crottées d'herbes et de pluie
un jour de plantations dans le printemps du jardin,
petites plantules qui deviendront arbres longtemps après nous,
ceux du pas déséquilibré de maman à l'amble de celui de son aîné
qui à présent danse à son bras bien plus ferme et sûr, plus loin, bien plus haut,
ceux du musicien qui bat la mesure de son pied sur ces dalles
et qui laissera à jamais sa trace non loin du piano,
même si le nôtre n'a pas encore cent ans et n'a jamais vécu l'enfer,
ceux légers et doux comme du velours de nos Etres sensibles
qui nous ont élus pour compagnons de leurs sérénissimes déités,
ceux du marié tellement fier d'admirer sa mariée
près de la serre, les pieds dans un parterre de pâquerettes,
oubliant que le cuir neuf de ses souliers lui comprimait les pieds,
ceux de celui qui jour après jour, patience après patience,
ne craint pas de salir son tablier mais veille à ce que la cuisine demeure intacte
pour nous offrir ses plats aux épices venues d'ailleurs
ceux des jolies pattes fragiles et vives des charmants petits oiseaux arrivés là par erreur
cui-cui-cui-cui dans la maison
ceux de la petite souris toute mignonne qui, preste et toute nue,
court de ci, de là en observant de tous ses grands yeux la dalle disjointe qui lui servira de refuge...
Les dalles de ma maison sont encore empreintes de leurs pas,
ceux tout mouillés, splash splash, un jour de grandes eaux de mars ou d'avril,
ceux des enfants noëllisant tendrement autour du sapin qui scintille,
ceux des amis-birthday-to-you et qui soufflent et soufflent des bougies qui s'essoufflent
ceux des bâtisseurs devenus de purs esprits qui hantent encore les lieux,
ceux des voisins, rois d'un jour de galette trouvant la fève,
ceux venus nous nourrir de leur amitié Capitale, ou de celle des Marais,
ceux venus de Pondi-Chérie qui chuchotaient dans le salon pour ne pas déranger,
ceux qui entonnent un air d'une voix de ténor à faire frémir les dalles de la salle,
ceux venus d'ailleurs les bras chargés de présents, d'hiers et de lendemains qui chantent,
ceux qui font les cent pas en attendant une bonne nouvelle
ceux qui ont sauté de joie ce jour de fête
ceux, doctes, qui nous ont guidés pour accompagner vers la lumière celle qui l'espérait tant
ceux, talons hauts et chevilles tendres, qui ont su parer la future épousée
ceux, sur la pointe des pieds qui ont dansé le rêve de la ballerine
ceux qui regardent toujours la terre à moitié vide et qui rêvent d'y planter leurs pieds
ceux de celle qui a toujours un silencieux fragment de papier qui reste collé à ses semelles...
Les dalles de ma maison dedans-dehors sont encore empreintes de leurs milliers de pas
qui cognent, qui claquent, qui glissent, qui feutrinent, qui fraternisent,
et qui, oui, sont reconnaissables entre mille
même les pas de ceux qui se sont envolés.
Ils bruissent des milliers de sons qui me parlent,
ils vibrent de leurs chants muets
qui résonneront à tout jamais dans mon cœur,
là où la mémoire se love.
Ils sont ma grande richesse.
Et si ces mots n'étaient pas un poème,
ils seraient ma maison...
ℰℳ 25042026
Saint-Urbain, le 25 avril 2026, "Les dalles de ma maison" © eMmA MessanA Un clic sur les images vous permet de les agrandir (sur PC)
Lunera, La Douceur Sans Raison
Extrait de l'album French Café Jazz (sans doute une production musicale générée par IA ?)