10 Avril 2026
Aujourd'hui 10 avril 2026, suite à une discussion autour de l'Italie, j'ai eu l'envie de republier cette page qui date déjà de plus de dix ans.
C'est un voyage-enquête généalogique à Cittanova pour moi inoubliable concernant la partie calabraise de mes ancêtres, les autres venant de Sicile, de Sardaigne et de Malte.
J'y ajoute le poème, Pour écrire ces simples mots, écrit quelques années après de voyage, publié dans mon recueil Chaque jour lancer des confettis qui a reçu le Prix Pétrarque de la poésie fin 2022 dans les locaux du prestigieux Sénat (voir ici).
Pour écrire ces simples mots,
J’ai puisé dans le bleu de l’eau
De ces mers qu’ils ont traversées,
Exilés vers d’autres contrées
Depuis le sud de l’Italie.
Ma main nue est bien trop volage
Pour frôler l’immense courage
De mes aventuriers d’hier.
Aujourd’hui ils me rendent fière
De venir d’un coin d’Italie.
C’est sur des photos noir et blanc
Que j’ai appris leurs plus beaux chants.
L’accordéon vibrait d’amour,
La mandoline à son secours
Pleurait le soleil d’Italie.
Voici que l’or de leur labeur
A soudain coulé dans mon cœur,
Qu’enfin les profondes racines
Du vieil arbre auprès d’une mine
M’ont raconté leur Italie.
C’est un trésor de joies, de pleurs,
Et pour que jamais il ne meure
Je déroulerai le ruban
De leur souvenir à tout vent,
Vibrant d’amour pour l’Italie.
Quand leurs ombres parées d’oubli
Sombrent dans un puits de déni,
Je pense à tous ceux qui ont fait
De moi ce que je suis à jamais
Et ce que d’autres un jour seront…
Fille, petite fille, arrière petite fille et arrière-arrière-petite-fille d'exilés volontaires, mes dernières vacances en Italie m'ont permis de me rapprocher de cette émotion profonde qui consiste à réaliser le chemin à l'envers, à la rencontre de l'un de mes arrières-grands-pères, celui qui était Calabrais.
JM et moi nous sommes donc rendus, dès l'ouverture de l'Anagrafe à la mairie de Cittanova, petite ville de la Province de Reggio de Calabre de 11 000 habitants qui se situe dans la Réserve naturelle de l'Aspromonte, à 45 kilomètres de Reggio.
Notre objectif était de consulter le registre de naissance d'Angelo Longo, le père de ma grand-mère Angelica (ma chère mémé Angèle).
Nous avons ainsi pu admirer, parmi les ruelles étroites, de jolis balcons fleuris...
... un vendeur de melon qui trimballe sa balance de porte en porte...
... de la lingerie hyper sexy séchant devant la porte sans complexe au vu et au su de tous...
Nous déambulions donc tranquillement quand soudain, derrière nous quelqu'un nous interpelle et nous rejoint au pas de charge avec un superbe vieux registre sous le bras.
C'était le responsable de l'Anagrafe, Gaetano Ciardullo, qui, constatant que le registre décennal de 1876 se trouvait dans l'Annexe, nous a donc recherchés dans la ville pour nous le montrer afin que nous retrouvions la page qui nous intéressait...
C'est JM qui était content de ces recherches atypiques et un peu surréalistes quand même...
Quand je pense aux recherches que nous avions faites à Malte aux Archives épiscopales dans un magnifique bâtiment complètement aseptisé à température constante de 15°, où l'on devait manipuler les registres presque gantés...
Et puis, eurêka, nous avons trouvé notre homme !
J'adore ces vieux papiers, j'en ferai bien des collages !
Trève de sacrilèges...
JM était content, mais un registre décennal, ça ne suffit pas, lui voulait l'acte de naissance, le seul, l'unique, le précieux. Oui mais, Monsieur Ciardullo lui fait savoir qu'il se trouve dans ce fameux bâtiment en travaux...
Je crois qu'il s'est piqué au jeu et hop ! nous voilà partis le rechercher. Vraiment, quel sypathique monsieur.
Pour finir, la veille de notre départ pour la Toscane, nous avons parcouru durant plus de trois heures les allées ombragées et très bien entrenues du joli cimetière de Cittanova, car oui, les cimetières sont des lieux à hanter lorsque l'on fait des recherches généalogiques...
Nous avons trouvé profusion de Longo, de Calogero, de Zurzullo, de Macri....
J'ai été heureuse de réveiller la mémoire de cet arrière-grand-père que je n'ai jamais connu.
Il a quitté sa Calabre à une époque où elle ne lui permettait guère de sortir de la pauvreté et de vivre décemment et où l'on faisait volontiers appel à une main d'oeuvre italienne de par le monde et entre autres en Algérie et Tunisie fançaises.
Ils emportaient leurs rêves, leurs espoirs et leur courage.
Entre la ville de Cittanova et le port de Reggio de Calabre, la distance n'est que de 45 km, mais j'imagine la durée du voyage d'Angelo Longo et ses amis et famille, au 19ème siècle, lorsqu'ils décidèrent de prendre le bateau qui les mena vers Messine en Sicile, puis vers l'Afrique du Nord...
Aujourd'hui, c'est ma façon de leur rendre hommage, ainsi que tous ceux qui encore aujourd'hui fuient leurs pays pour tenter leur chance ailleurs, et qui n'ont pas tous la chance d'y parvenir sains et saufs !