25 Février 2026
Hier, ma librairie indépendante préférée, Au Chat lent à Challans, avait invité l'autrice Marion Richez pour son 3e roman, Petit Pas, publié chez La Peuplade.
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Je ne connaissais pas cette auteure et j'ai particulièrement apprécié aller à la rencontre de cette femme d'un abord simple et doux.
Elle nous a confié que les chemins de l'imagination et de la création, sont souvent assez mystérieux, en l'espèce, figurez-vous que c'est une pie qui lui a inspiré ce beau roman ! Cet "aveu" m'a tout de suite beaucoup plu, par son mystère et sa poésie.
Petit pas est une lecture tendre, simple, aisée, dont l'histoire est facile à lire, marquante par les sujets profonds qu'elle aborde et la lumière qu'elle grave dans nos esprits.
Ici, point de héros, mais de la vie à l'état brut, de la dureté d'un quotidien sans espoir mais qui va être transcendé par l'aide offerte en toute humanité par une vieille dame à un très jeune foyer.
Mathilde et Martin sont un couple solitaire, très démuni, parents d'un petit Jean de deux ans, qui rapidement vont devoir accueillir un nouvel enfant.
Leurs familles respectives ne sont pas du tout présentes, voire hostiles. D'ailleurs, à l'annonce de sa grossesse le père de Mathilde l'a gratifie du nom de "pute".
Ils sont un peu perdus et subissent leur vie économiquement difficile.
Cela devient comme une fatalité, leur amour et leurs liens vont peu à peu se déliter devant le poids de leur charge immense et leur incapacité à s'intégrer dans une société implacable qui broie les plus démunis ne leur laissant que peu d'espoir de voir leurs rêves se réaliser.
Quand on n'est pas heureux quelque part, on ne le sera jamais. Puisqu'on y est, on y reste, il faut s'y faire. Probablement que tout de même ils n'y mourront pas. À moins qu'ils n'y soient déjà morts.
Un jour, une main secourable se tend en la personne d'Annie, leur voisine, une femme très simple qui elle, connaît sa chance d'avoir eu et de connaître encore, une vie comblée.
Elle décide, par toutes petites touches, avec une grande discrétion et beaucoup de tact d'aider ce jeune couple.
Elle les soulage de temps en temps en gardant le petit Jean avec lequel elle noue une grande complicité, leur offre de bons petits plats alors que leur nourriture habituelle se concentre autour de paquets de pâtes, leur fait connaître les joies de travailler dans son potager...
C'étaient des plats fondants et sains ; si après, Mathilde lui en faisait compliment, ou si elle lui disait seulement qu'ils avaient aimé, Annie bientôt venait lui en porter la recette, écrite de sa main, sur des fiches cartonnées qui ne s'abîmaient pas, et pouvaient se conserver longtemps, comme un petit patrimoine. Le manège des repas a duré longtemps comme ça.
Dans le triste courant de leur vie, Mathilde et Martin repliés sur eux-mêmes, se rendent compte qu'ils n'avaient même pas remarqué l'existence d'Annie, alors qu'elle vivait si près d'eux.
Ils sont à mille lieux d'imaginer que tant de gentillesse peut leur être gratuitement offerte.
C'est ainsi que grâce à la solidarité et la transmission qu'apporte cette femme à cette petite famille fatiguée et malmenée, une prise de conscience va s'opérer chez eux.
Leur cœur va s'ouvrir à nouveau à la vie et à l'amour.
Comment en est-il arrivé à ne pas connaître la femme qui habite juste en face de chez eux? Et comment se fait-il qu'elle soit si gentille ? Et comment se fait-il qu'il trouve ça si extraordinaire qu'elle soit si gentille ? Et d'une gentillesse qui ne serait pas la faiblesse qu'on leur vend, mais une force, une vraie puissance? On peut donc demeurer humain, aujourd'hui? Comment a-t-elle fait ?
Une scène est particulièrement importante : Mathilde va accoucher de son deuxième enfant, une petite fille, non pas dans le milieu froid et mécanique de l'hôpital comme elle l'avait fait avec tant de difficultés pour Jean, mais de façon physiologique, naturelle, rendant à Mathilde toute sa dimension de femme puissante et capable de diriger sa vie.
Je crois que c'est à ce moment-là que je suis retombé amoureux de Mathilde. Comme d'une femme nouvelle, que je découvrais. Elle n'était plus la victime. Elle n'était plus la fille de son père. Elle n'était plus la triste mère de Jean. Elle était autre. Elle m'a fait ce cadeau de ne plus être attirée par la mort ; aidée par cette autre femme, certes, soutenue par notre Annie, c'est certain. Est-ce que je sais, moi, comment se font les femmes vivantes. Ce dont je suis sûr, c'est que la petite, sortie cette nuit du corps de Mathilde, est née libre. A l'hôpital, ils la lui auraient arrachée du corps et c'est tout. Ici, elle est née souveraine.
Au passage, j'ai aimé que le discours de l'auteure soit émaillé de références littéraires, dont celle que je vais m'empresser de lire, L'Enfant bleu d'Henry Bauchau.
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En faisant mes recherches sur ce livre, j'ai eu la surprise de découvrir que la couverture de l'édition de poche Babel a une certaine ressemblance avec l'esprit de l'une de mes toiles, "Regards d'eux"...
J'ai vraiment beaucoup aimé ce court roman, délicat, tendre et puissant, qui va, à petits pas, à l'essentiel dans une belle langue et une écriture originale.
J'aime que la gentillesse et la force de la solidarité soient ainsi magnifiées dans un quotidien souvent si pesant.
Je vous invite à découvrir ce roman avec enthousiasme.
Ce roman m'a fait penser à la chanson d'Yves Duteil, Les Gens Sans Importance.
A bientôt pour d'autres brèves de lectures.
eMmA MessanA
Yves Duteil, Les Gens Sans Importance
Extrait de l'album Ca n'est pas c'qu'on fait qui compte (1981)
Ce sont des gens sans importance
Avec des gestes quotidiens
Qui font renaître l'espérance
Et le bonheur entre leurs mains
Ce sont des gens sans artifices
Qui vous sourient quand ils sont bien
Et vont cacher leurs cicatrices
Parmi les fleurs de leurs jardins
Ils ont le cœur un peu fragile
Et la pudeur de leurs chagrins
Leur donne un doux regard tranquille
Un peu lointain
Ce sont des gens sans importance
Et qui parfois ne disent rien
Mais qui sont là par leur silence
Quand ils sont loin
Moi j'ai le cœur en plein décembre
L'ami Pierrot s'en est allé
En emportant mes chansons tendres
Et ton passé
Et tous les mots sans importance
Qui résonnaient dans la maison
Mais qui sont lourds de son absence
Dans ma chanson
C'est peut-être à ceux-là qu'on pense
Quand la mort vient rôder pas loin
En emportant notre insouciance
Un beau matin
A tous ces gens sans importance
Avec lesquels on est si bien
Qui font renaître l'espérance
Et sans lesquels on n'est plus rien
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