2 Mars 2026
Dans le cadre d'une Masse Critique initiée par Babelio, j'ai lu la lettre qu'Eric de Kermel adresse à son père et à sa petite-fille qui vient de naître, Cette fragile beauté du monde, publiée par les éditions du Relié.
Je remercie Babelio, ainsi que la maison d'édition pour leur cadeau.
Le livre, de petit format, sobre dans sa présentation et de belle qualité de papier (tout ce que j'aime!) m'a plu d'emblée.
La relation avec l'objet-livre est toujours pour moi importante car, outre l'aspect intellectuel d'une lecture, je considère qu'une certaine forme de sensualité esthétique s'instaure alors que page après page, nous découvrons un texte aussi avec nos sens.
Cette fragile beauté du monde est un court récit-essai où Eric de Kermel, par touches successives, rappelle avec discrétion et pudeur quelques épreuves qu'il a subies durant sa vie.
Loin d'en être effondré, il confie au lecteur qu'à chaque fois, ce fut pour lui l'occasion d'en tirer un enseignement et par voie de conséquence, de s'interroger sur le sens profond qu'il souhaitait donner à sa vie.
A chaque fois c'est vers la nature, dans une approche holistique qui la relie globalement à l'humain, qu'il trouve un réconfort et une consolation.
Mais cela n'est pas assez pour lui, car réflexion après réflexion, il chemine vers la certitude que l'homme et l'écologie qui ne font qu'un, qu'il n'est donc pas trop tard pour en prendre conscience et réparer nos erreurs.
A notre rythme et avec humilité, nous pouvons regarder le Vivant autrement, le respecter et nous impliquer collectivement, notamment en faisant un usage plus modéré de tout ce qui impacte négativement notre planète.
C'est ainsi que nous pourrons peut-être réenchanter l'avenir de nos petits-enfants et accueillir leur venue dans notre monde avec un petit plus de sérénité.
L'auteur nous rappelle que c'est bien l'amour global, ce lien profond qui unit l'humanité et la nature avec tous les êtres vivants qui la peuplent sur terre, sous terre, dans les océans et dans les airs, qui nous sauvera.
Le livre est divisé en plusieurs courts chapitres où l'auteur développe ses idées simplement.
C'est comme si nous cheminions à ses côtés, lentement, tranquillement, sur une voie souvent spirituelle, "l'esprit libre", émerveillés devant la beauté de ce monde fragilisé, mais que nous pouvons habiter autrement aujourd'hui pour le sauver demain.
Nous avons les clés pour retrouver l'harmonie.
J'ai aimé ce livre émouvant et vous le recommande.
J'ai aussi apprécié qu'en fin d'ouvrage, l'auteur ait partagé la bande-son qui l'a accompagné durant l'écriture. Vous pouvez en entendre un extrait un fin de page.
Je déplore juste ce petit bémol (pour rester dans le vocabulaire de la musique chère à l'auteur) : l'éditeur devrait être un peu plus attentionné quant aux relectures pour veiller à ne pas laisser de fautes ...de frappe.
A bientôt pour d'autres lectures.
eMmA MessanA
Devant la nature je sens, autant que pour dire l'amour, la limite des mots, leur étroitesse, leur petit nombre. M'obstiner à la mettre en mots c'est courir à coup sûr le risque d'en mal parler. Seule la musique, parfois, me semble capable d'exprimer dans ses harmonies un peu de l'éclat de lumière qui saisit l'aile du geai entre les arbres.
C'est le rapport à la vie, et donc à la mort, qu'explore l'expérience de nature. La découverte fondamentale d'une première philosophie in vivo est donnée à celui qui entre "en nature". Je dis en nature pour bien faire sentir qu'il y a une immersion à vivre. Cette expérience est profondément spirituelle. Les pieds nus contre la terre, debout à la verticale de mes deux jambes, les bras ouverts, je sens la sève qui s'élève et découvre que l'intimité de ma méditation s'élève au vent, bruisse dans les feuillages jusqu'à s'envoler à tire d'ailes pour traverser le ciel du matin.
Il ne s'agit pas de consommer de la nature quelques heures comme on consomme un loisir, mais bien de se laisser prendre, envelopper de tous les sens.
Il est un aveu que je dois faire. Même au jour de l'arrachement de mon enfant à la vie, j'ai regardé le bleu du ciel. Et les jours qui suivirent ce tourbillon de vie me frôlait sans cesse. Au nom de ma douleur, une douleur dont je sentirai toujours la résonnance, j'aurais pu résister aux ailes du vent. Cela aurait été de mauvais foi.
Luke Howard, I Still Dream About You, Sometimes But Not Always