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eMmA MessanA

eMmA MessanA

Je pratique l'art du collage et manie les mots aussi. Dernier titre paru : "Transpositions hasardeuses"


Le ciel et la terre de mon grand-père

Publié par eMmA MessanA sur 9 Décembre 2015, 11:01am

Catégories : #Un moment de lecture, #Sardaigne, #Heureux qui comme Ulysse...

             Voici quelques ciels, coquelicots et stalactites que j'ai photographiés en Sardaigne.

 Tous les ciels, tous les coquelicots et toutes les grottes de la terre se ressemblent me direz-vous ?
Je suis d'accord et c'est très bien comme ça.
Mais là, c'est le ciel que mon grand-père Sauveur contemplait au-dessus de sa tête, les coquelicots qu'il admirait à ses pieds et les profondeurs de la terre qu'il aurait pu découvrir à Buggerru il y a longtemps déjà.
Et pour l'accompagner, voici
Una storia, texte que j'avais écrit il y a quelque temps lorsque j'avais commencé mes recherches pour étoffer mon arbre généalogique.

Cette histoire vaut aussi pour mon grand-père Pierre dont les ciels et les coquelicots avaient toutes les chances d'être similaires à Alcamo en Sicile, pour ma grand-mère Angelica de Reggio de Calabre et ma grand-mère Marie dont le père venait de Malte.

Ils ont tous en commun cette Storia...
Ils me parlent souvent, je les écoute toujours.

eMmA MessanA

Ciel Fluminimaggiore.

Ciel Gonnosfanadiga. Sardaigne

Coqueliquots

Coqueliquots. Sardaigne, mai 2007

Sous la terre de mes ancêtres

Stalactites. Arbus, Sardaigne.

© photos et texte eMmA MessanA

                                         Una storia   

Je voudrais bien me reposer sur des souvenirs de famille,

Sous le feuillage ombragé de mon arbre généalogique,

Mais il lui manque tant de branches et tant de feuilles

Que c’est comme si les quelques lettres de mon patronyme

Aux consonances germaniques incongrues

S’effaçaient pour peu à peu se réduire en poussière.

La terre de mes ancêtres,

Ce ne sont que trois petites îles

Perdues entre la Tyrrhénienne et la Méditerranée,

Eblouissantes de soleil et d’orgueil,

Là où les femmes sont brunes et portent au cou

Des petites croix d’or en priant la Madone à genoux,

Là où les hommes tout-puissants n’ont guère la taille haute.

Peuple d’aventuriers cherchant d’autres limites en des horizons plus lointains,

Un jour, ils sont partis

Entre azur et océan, jusqu’au Cap Bon,

Poussés par la faim et un fol idéal

Conduisant à la terre mystique des contes arabes.

La passion cognait dans leurs cœurs généreux et pleins d’espoir.

Le fier courage gonflait le torse des hommes,

Et la bienveillance de leurs femmes leur tenait lieu d’espoir

Pour offrir un avenir empli de promesses à leurs nombreux enfants.

La simplicité vraie était leur seule richesse et toute leur belle noblesse.

Dans la journée, le labeur en plein air était dur

Et le soleil impitoyable brûlait un peu plus leur peau déjà sombre,

Mais ils avaient la foi et le désir fou de reconstruire leur vie.
Ils apprenaient une autre langue,

Un autre langage fait de mille et une salutations exagérées,

Mais jamais ils n’oubliaient leurs pères.

Leur nouveau paysage était fait de sable et d’oliviers,

De maisons blanches et bleues au carrelage frais.

La nuit avait des parfums de thé au jasmin

A l’heure où le muezzin appelait pour la cinquième fois

Leurs voisins à prier Allah.

Les miens restaient fidèles à leur Dieu et à tous ses Saints.

Ces exilés volontaires, c’est à la France d’Afrique que désormais

Ils attachaient leur identité.

Pourtant le dimanche, ils se réunissaient tous

Pour parler du temps d’avant en partageant la pasta.

Puis un jour, ils sont repartis vers d’autres terres,

Le cœur un peu amer.

Ils ont perdu un peu plus leurs racines,

Mélangé encore leur sang.

Louis a fondé une famille à Los Angeles,

Joseph s’est installé à Melbourne,

Arthur a vieilli à Marseille,

Marie a froid à Forbach,

Seule, Ernestine est demeurée à Tunis.

Les miens ont fait un détour par cette île démesurée

Où plus rien ne nous ressemblait.

Moi, pour honorer mes ancêtres, je suis née au soleil un jour de plein été.

Mais il me reste bien peu de leur long exil :

Quelques clichés usés,

Un vague sentiment d’insécurité,

Un penchant pour les siestes à l’ombre, les persiennes entrebâillées,

Un corps qui a hérité de formes pleines et méditerranéennes,

Une violence, une fougue, une impatience,

Une passion de tous les instants heureux ou malheureux.

C’est ici que je vis pourtant.

Bien sûr, j’aime caresser les tapis d’orient,

Et l’on vient volontiers partager mes spaghetti

Parfumés à l’huile d’olive.

Bien sûr, je ne peux pas nier que je crains le froid,

Que la mer m’attire,

Qu’elle m’invite à partir et à revenir

Vers mes patries originelles.

Aujourd’hui après tout ce temps, l’arbre que par ma fenêtre j’admire

et qui grandit en même temps que mon fils,

c’est le doux pommier de Normandie.

Pour lui, je veux une histoire solide et enracinée.

Alors, si parfois je repars sur les pas de mes ancêtres,

A la recherche de cet autre Arbre,

C’est pour lui transmettre toute la richesse de ceux-là

Qui sans même le connaître

L’ont aimé et ont permis que demain,

Il adhère à leurs valeurs

Et continue à dérouler le ruban de notre vie.

***

L'Italien, Serge Reggiani

Texte, Jean-Loup Dabadie

Musique, Jacques Datin

C’est moi, c’est l’Italien
Est-ce qu’il y a quelqu’un
Est-ce qu’il y a quelqu’une ?
D’ici j’entends le chien
Et si tu n’es pas morte

Ouvre-moi sans rancune
Je rentre un peu tard je sais
18 ans de retard c’est vrai
Mais j’ai trouvé mes allumettes
Dans une rue du Massachussetts
Il est fatiguant le voyage
Pour un enfant de mon âge

Ouvre-moi, ouvre-moi la porte
Io non ne posso proprio più
Se ci sei, aprimi la porta
Non sai come è stato laggiù

Je reviens au logis
J’ai fait tous les métiers
Voleur, équilibriste
Maréchal des logis
Comédien, braconnier
Empereur et pianiste
J’ai connu des femmes, oui mais
Je joue bien mal aux dames, tu sais
Du temps que j’étais chercheur d’or
Elles m’ont tout pris, j’en pleure encore
Là-dessus le temps est passé
Quand j’avais le dos tourné

Ouvre-moi, ouvre-moi la porte
Io non ne posso proprio più
Se ci sei, aprimi la porta
Diro come è stato laggiù

C’est moi, c’est l’Italien
Je reviens de si loin
La route était mauvaise
Et tant d’années après
Tant de chagrins après
Je rêve d’une chaise
Ouvre, tu es là, je sais
Je suis tellement las, tu sais
Il ne me reste qu’une chance
C’est que tu n’aies pas eu ta chance
Mais ce n’est plus le même chien
Et la lumière s’éteint

Ouvrez-moi, ouvrez une porte
Io non ne posso proprio più
Se ci siete, aprite una porta
Diro come è stato laggiù

Serge Reggiani site officiel : link

Pour retrouver d'autres chansons de Serge Reggiani dans la playlist d'eMmA, cliquez sur le titre d'une note :

Combien de temps ?

Le séducteur de la rue St Antoine

"Le temps c'est comme ton pain, gardes-en pour demain"

Soleil sur gazon

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C
Comme c'est mots m'ont touché !..... quel beau retour en arrière ! Il se pourrait bien que nous avons un lien familial ! Je suis née À Tunis et ma grand-mère s'appelait Lucie Messana . Vous m'avez même fait ressentir l'odeur de la pasta pomodoro ! Merci
Répondre
E
Merci pour votre passage Cessieq, par le hasard des liens sur la toile qui vous ont conduite jusqu'ici !
Votre grand-mère devait sans doute avoir ses origines en Sicile comme mon grand-père.
Pour encore mieux sentir la pasta, je vous invite ici : http://www.emmacollages.com/2016/07/le-vendredi-c-est-pasta.html
Bon dimanche,
eMmA
J
Merci pour ce partage et ce retour aux sources. J'ai survolé les commentaires aussi. Frau aussi peut être prononcé de mille manières pour l'adoucir. Je ne sais d'où il puis son origine mais c'est un beau nom aussi "Femme"
Répondre
E
En fait ce Frau-là est d'origine sarde.

Il y a tout plein de familles qui s'appellent Frau dans l'ouest de la Sardaigne. Ce nom se prononce "fraou" et non pas à l'allemande ("frao") qui en allemand, en effet, signifie "madame" ou "femme".



A l'école, on prononçait mon nom à la française ( = "fro").

J'avais un prof de maths qui parlait fort bien l'allemand et devant ma légère détestation de cette matière qu'il enseignait avec une grande gentillesse, il me disait souvent " Fräulein Frau, bist du froh ? Cela me décrispait et du coup, le cours passait mieux !



Je ne renie pas mon nom, je trouvais juste, au moment de faire éditer mon premier album pour enfants, qu'un nom plus doux que Frau était le bienvenu. Et puis, cela me permettait d'honorer ma maman (mon père, une fois les explications fournies, ne m'en a pas du tout tenu rigueur)...



Voilà, tu sais tout, Jeanne !

Bonne soirée à toi,

eMmA
A
Oui, c'est bon de temps en temps de jeter un regard vers ceux qui nous ont précédés. Cela nous rend plus fort et nous rassure. Bel hommage, eMmA.
(et rien d'incongru à un nom dont la consonance est autre que méditerranéenne, il fait aussi partie de toi;)
Répondre
E
Pour ce qui est de mon patronyme, je voulais parler de mon nom de jeune fille, Frau.

Celui que j'utilise, Messana, est celui de ma maman, non pas que je n'aime pas le mien, mais je le trouve plus doux et il rime avec eMmA...
D
Pardon je vous ai tutoyée Emma .
Répondre
E
Avec plaisir, Dominick.
D
Quelle jolie promenade dans les sentiers de ton cœur. Cela sent bon les parfums du Sud, les bonheurs simples, la vie en un mot.
Merci pour ce moment plein de douceur de tendresse pour un hommage à "CEUX LA" les racines de TON arbre....
Répondre
E
Merci Dominick pour votre lecture et vos mots.
Pour une rencontre moins virtuelle, vous pouvez suivre ce lien : http://www.emmacollages.com/2015/08/enquete-a-cittanova-province-de-reggio-de-calabre.html
Passe(z) une belle journée,
eMmA
L
Bel hommage à tes Racines
Merci pour ce beau partage
Bises
Répondre
E
Il m'a paru essentiel de le faire en ce moment, pour ne pas oublier que nous sommes de bien nombreux Français à avoir nos racines en dehors de l'hexagone et que c'est une richesse...
A
Tu as raison de remettre ta storia , en avant. Elle est si belle ta storia. J'adore.
Eh oui, tu nous montres ton pays d'origine avec de jolies photos et une jolie chanson.Bises, chère eMma
Répondre
E
C'est juste qu'il est bon de rappeler que la France, c'est aussi ça...
L
Encore une très jolie page merci .... :)
Répondre
E
Merci Lily, elle vient du coeur pour ne pas risquer de désespérer...
E

Un hommage extraordinaire et touchant à la famille. Les mots sont en harmonie avec les photos . Douce soirée eMmA
Répondre
E


Marque indélébile de nos ancêtres, nos lieux de vie...


Merci pour ton passage Erato.


 


Bonne semaine,


eMmA



M

Nos racines nous attachent à la terre...et elles se rappellent à nous au moment où l'on s'en doute le moins... J'ai gardé mes racines et je sais que tous les miens sont conscients de leur
chance, être resté au Pays... Que nous aimons avec tant de force qu'il nous lie totalement...C'est un beau texte, bien accompagné par l'italien venu en France, lui aussi et qui n'a pas oublié,
bien sûr,  d'où il vient ...


J'ai reçu il y a quelques années un mail d'un brésilein portant mon nom de famile bien landais et qui cherchait son ancètre parti là-bas dans les années 1800...
Répondre
E


 


Je comprends bien, parce que JM est généalogiste et qu'il retrouve des liens de son côté notamment en Argentine. Du coup, je pense que nous irons voir sur place un de ces jours !


Merci pour tes compliments pour Una Storia.


 


Passe un bon dimanche,


eMmA


 



A

Ton texte est magnifique .Quel style ! Félicitations ++++pour cet écrit venu du coeur.


Souvenirs, souvenirs !Quelle jolie façon de rendre hommage à tes grand-parents avec en plus  ces photos et cette  chanson .Une émouvante Storia !Merci eMma et bon
dimanche.Bises


Nicole
Répondre
E


 


Ah Nicole, tout cela me donne l'envie de partir pour ces contrées méditerrannéennes...


 


Buona Domenica e mille baci,


eMmA


 



M

Avec un soleil qui brille en même temps sur nos îles soeurs, je voudrais te dire.......


J"AIME!!!!!
Répondre
E


 


C'est toujours une vraie joie de te lire ici, Mighe !


Merci pour ta visite que j'AIME.


 


Bon week-end,


eMmA


 



B
Coucou EmmaMerci pour ton long et intéressant commentaire laissé à la suite de mon article sur George Sand. Tout est dit... et c'est exactement ce que je pense...Je visite ton blog... Je suis touchée par "Le ciel et la terre de ton grand-père", ta storia... Tes photos pour illustrer sont belles. Il règne une harmonie à laquelle je suis sensible... Biz... je continue ma balade chez toi en ce dimanche pluvieux
Béa kimcat
Répondre
E


Merci Béa pour tes visites chez moi et pour l'accueil que tu fais à ma storia.
Bonne soirée,
Emma



M
trop génial, le champ de coquelicots !!!
Répondre
C
C'est une histoire forte et généreuse  qu'offre une belle signature d'écriture ; les mots chantent l'espoir, dégagent cette richesse  culturelle des anciens, le plus précieux héritage transmis...J'ai déroulé sous mes yeux comme un tapis d'Orient, un texte mélodieux où se mêlent senreurs et couleurs de la méditerranée...Quel bonheur pour un enfant que de voyager par la grâce de sa généalogie, quelle fierté aussi pour lui, quelle ouverture d'esprit et compréhension du monde  est-il porteur!Merci, Emma pour cette belle leçon de vie...
Répondre
E


Merci Cyriane de m'avoir lue avec tant d'attention et de bienveillance.
Cette histoire m'a été dictée par la Méditerranée, ma main guidée par la simplicité des miens qui l'ont peuplée.
Emma



C
Je suis sûre que vos paroles de mots et d'images sont allées droit vers vos ancêtres. On ne se rend plus compte aujourd'hui combien sont importants ces échanges avec eux. Merci Emma !
Répondre
E


Oui, c'est vrai et cela permet des échanges avec les vivants aussi.
J'en suis ravie...
Bises,
Emma



L
Emma, toutes mes félicitations pour ce texte, qui rend magnifiquement hommage à tes ancêtres, et qui nous aide à nous rappeler l'importance de leurs existences dans la nôtre. Et je comprends ton désir d'y associer ces photos, qui génèrent une émotion supplémentaire.Affectueuses pensées,Lili
Répondre
E


Merci Lili,
Tu as toujours les mots justes dans tes analyses et ils font mouche !
Je t'embrasse et te dis à bientôt,
Emma



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